Frères et sœurs, j’ai un problème. D’habitude, lorsque je prêche à la télévision, je me sens assez libre. On ne se connaît pas vraiment avec l’assemblée qui est là devant moi, et il y a toute la distance entre ici et le poste de télévision qui permet, parfois un peu facilement, quelque audace. 
Aujourd’hui c’est différent. J’ai profité de cette messe estivale pour inviter mes parents, mon frère et ma sœur à passer un petit week-end à la mer avec moi. Ils sont incognito dans l’assemblée. Et il fallait que je tombe sur ce redoutable Evangile. « Père contre fils, mère contre fille ». Ce n’est pas ça qui va les réconcilier avec mon choix de vie. Evidemment, je pourrais passer sous silence ces mots difficiles. On pourrait aussi tenter de me jeter au fond d’une citerne comme ce brave Jérémie, pour me faire taire. Amis téléspectateurs, zappez ! : « Qu’est-ce qu’on a besoin de ces curés pour nous démoraliser avec leurs sermons alors que le monde est déjà si inquiétant ! » Et lorsque l’on réalise qu’en plus, Jésus vient apporter un feu sur la terre, on se dit qu’en cette saison, la provocation frise le scandale.

Et c’est très bien ainsi. Jésus a voulu faire scandale. Parce que Jésus est un scandale. Et si l’on n’entre jamais dans ce mouvement de recul, de révolte en entendant certaines de ses paroles, alors on risque de perdre un bon morceau de son message. Eh oui, la guerre nous cerne, en ces heures tourmentées, peut-être décisives de l’histoire monde, mais voilà : le Messie est venu apporter… la division sur la terre.
On sait, pourtant, que les plus vaillants pompiers combattent les flammes par les flames. Beaucoup d’hommes, de femmes, ont payé de leur vie la paix qu’ils annonçaient ou pour laquelle ils ont œuvré. Et qui parmi nous n’a jamais expérimenté cela : nos valeurs les plus nobles, nos plus beaux projets sont l’occasion des combats les plus âpres. Parce que le beau, le bon, le vrai pour lesquels nous sommes faits sont rarement faciles, évidents. Parce que le mal est une réalité prégnante autour de nous. 

Mille fois nous l’avons entendu cet argument : « Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ? » Et c’est comme si Jésus nous répondait aujourd’hui sur la croix : « Je suis plus innocent que toi, et regarde ! » L’amour a un prix qu’il te faudra toi aussi payer, à ta mesure, avec mon secours. Les yeux fixés sur Jésus Christ, courons l’épreuve qui nous est proposée. L’épreuve de la vie. Soyons honnêtes. Le combat commence en nous. Il nous faut faire la part des choses, ôter le péché qui si promptement fait chez nous sa demeure. La division débute ici. La meilleure part, celle que le Seigneur a mise en nous, voilà la seule que nous devons garder chérir, cultiver. 

Il est souvent douloureux de se détacher de celle que l’autre a semée, et qui peut-être a pris racine dans nos cœurs. Il faut avoir du courage pour livrer aux flammes de l’amour dévorant du Christ ce qui ne vient pas de lui, et qui du coup n’est pas vraiment nous. L’Eglise peut nous y aider. Non pas en nous accusant ou nous culpabilisant, mais en nous aidant à voir ce qui est le plus grand en nous, que nous devons chérir, et donc ce que nous devons retrancher.

Aussi chaque combat que nous menons contre le mal, pour la vie n’est pas la preuve que Dieu se serait retiré du monde, abandonnant les siens. Encore moins la preuve de son inexistence. C’est plutôt le signe qu’il nous veut compagnon dans la lutte à mort contre le diable qu’il a si bien remportée sur la Croix. Le baptême nous convoque à ce combat, puisqu’il nous rend participant de la mort et de la résurrection du Christ, il nous en donne aussi les armes et les frères d’armes.

Il arrive qu’on se décourage. Le combat est rude. Mais nous ne sommes pas seuls. On ne sait pas combien il fallut d’hommes pour jeter Jérémie dans la fosse, deux ou trois peut-être. Mais il en fallu trente pour le sortir de là ! L’Eglise devrait être cette communauté de bras prêts à se tendre pour nous sauver du découragement lorsqu’il s’invite dans nos luttes. 

Chers parents, en devenant religieux je ne suis devenu ni pompier, ni soldat ni sauveteur. Mais simple frère. Celui dont l’Evangile ne dit jamais qu’il se dressera contre quiconque. En voilà une bonne nouvelle !

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