Le jour du seigneur

Homélie de la messe du 3 septembre 2017 à Charolles

« J’ai été séduit »
Quelquefois il faut prendre la Parole au pied de la lettre. Cela ne la rend pas plus facile ; au contraire ; cela la rend plus âpre. Plus forte. Plus riche.
Les disciples, dans l’Évangile, prennent souvent Jésus au pied de la lettre. Et quand Jésus annonce des mauvaises nouvelles, ils protestent. Ils ont raison. Personne ne peut laisser son ami dire qu’il va mourir sans protester. Et la rebuffade que Jésus oppose à la sollicitude de Pierre n’arrange rien. Qu’est-ce qu’une personne normalement douée de logique peut penser de la formule : « Qui perd sa vie à cause de moi la gagnera ? »
… Qu’elle n’a aucun sens.
Il en est de même de la Résurrection et des miracles, qui dépassent toute possibilité scientifique ; de l’eucharistie, du baptême, enfin de presque tout le message de Jésus. Il est si plein de paradoxes que notre raison, à moins que l’habitude ne l’ait engourdie, proteste. Je ne voudrais pas vous heurter, mais enfin posons franchement la question : comment s’étonner, avec un message pareil, que tant d’entre nous aient du mal à croire ?
Fort heureusement — je vois vos sourcils se froncer ; je devine que chez vous, qui participez à cette messe par la télévision, vous demandez où je veux en venir —, fort heureusement, la foi n’est pas qu’un choix de raison.
La foi est en partie un choix de raison. Elle procède en partie d’une conviction rationnelle, d’idées claires, raisonnables et bien articulées. Mais pas entièrement.
La foi est aussi un choix du coeur, et les choix du coeur, nous le savons bien, ne sont pas entièrement des choix de raison. Le prophète Jérémie le dit on ne peut plus clairement : « Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi. »
Ce qui nous pousse à croire est souvent moins un raisonnement qu’un sentiment. L’amour pour des parents qui étaient eux-mêmes des croyants ; l’amitié pour cette personne qui nous a entraîné dans une église ; le souvenir d’une enfance heureuse au patronage ou parmi les enfants de choeur ; la beauté d’un sanctuaire ou d’une musique sacrée ; un sursaut d’espoir ou de confiance ; tout ce que nous ressentons et que nous serions bien incapables d’expliquer.

La foi nous prend au coeur. L’Écriture dit même « aux entrailles », à l’estomac. Le Seigneur, souvent, ne discute pas avec nous. Il nous prend au coeur. Et ne nous lâche plus.
Si l’on oublie l’une de ces deux sources de la foi, frères et soeurs, on ne va nulle part. Le coeur sans la raison n’est qu’une déraison ; et la raison sans le coeur n’a jamais convaincu personne.
Personne. La raison ne convainc personne. Notre époque croit que oui, mais c’est une erreur. Vous pouvez vous épuiser en arguments rationnels, vous pouvez déplier tous les paradoxes, vous ne convaincrez pas, disons, votre petit-fils qui a quinze ans et qui vous a dit ne plus croire. Or c’est le même qui, après une veillée du Frat’ ou après que vous aurez réussi à le traîner à Lourdes, aura été mystérieusement saisi au coeur. Séduit par la Bonne Nouvelle. Appelé par Dieu.
La meilleure raison de croire que vous aurez jamais à donner sera celle-ci : j’ai été séduit. J’ai éprouvé des doutes, légers ou graves. Je me suis posé, je me pose encore des questions. Ma raison n’est pas éteinte, loin de là. Mais j’ai été séduit. Et j’ai dit oui.

Texte de l'Homélie

Prédicateur : Frère Yves COMBEAU

Paroisse : Église du Sacré-Cœur

Ville : Charolles

Temps : Temps Ordinaire

Jour : 22ème dimanche

Année : A

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