Le Jour du seigneur

Le Jour du seigneur

Homélie de la messe du 7ème dimanche de Pâques 2020

Avouons que ce passage est plutôt difficile à comprendre, pour des oreilles peu habituées au langage biblique ! Dans cet extrait d’évangile, Jésus se prépare à quitter ses disciples.  Et un mot revêt une importance particulière puisqu’il revient près de 8 fois : c’est le mot gloire ! Si, dans le langage courant, la gloire est spontanément associée à la célébrité, il en va autrement dans le vocabulaire biblique. Le mot gloire est fréquemment utilisé, dans des sens d’ailleurs très différents, presque ambivalents. Glorifier signifie littéralement « donner du poids ». Glorifier quelqu’un, c’est le révéler tel qu’il est, donner du poids à ce qu’il est !  C’est faire en sorte qu’il s’épanouisse, qu’il resplendisse. La gloire de quelqu’un rayonne lorsque de la valeur est donnée à ses paroles, de l’épaisseur à sa vie !

Une première question qui nous est adressée aujourd’hui est dès lors très simple : à qui voulons-nous… donner du poids, du crédit, de la valeur ? Autrement dit, pour qui et comment voulons-nous mener les vrais combats ? Est-ce en considérant la vie avec légèreté ? Ou est-ce avec des attitudes qui donnent vraiment du poids à ceux qui n’en ont pas ?

Jésus, au moment de quitter ses disciples, prie pour eux. Il nous rappelle qu’une vie accomplie malgré l’échec est une vie qui pose son centre de gravité en dehors d’elle-même ! C’est cela la prière : mettre son assise en dehors de soi, pour déposer son cœur dans celui de Dieu. C’est cela aussi l’amour vrai : mettre son centre de gravité en l’autre, découvrir son équilibre dans le cœur de l’être aimé, sans nier pour autant ce que nous sommes. L’évangile nous questionne donc sur le poids que nous donnons… mais aussi, plus subtilement, sur ce que nous faisons peser aux autres !

En effet, tout être humain a son poids à porter : son histoire, ce qu’il a reçu de ses parents, ses responsabilités, ses blessures… Il y a bien sûr le poids que nous donnons aux êtres, mais il y a aussi tout ce que nous faisons peser —consciemment ou non— sur les autres, tout ce qui est finalement pesant dans notre vie et qui nous tire peut-être vers le bas. Parfois, nous nous en déchargeons sur les autres, par fragilité ou lâcheté. Pour s’en convaincre, pensons simplement à ces parents qui « pèsent sur leurs enfants et leur demandent d’accomplir leurs espoirs déçus, de combler leurs manques ». Comment les enfants peuvent-ils alors entendre l’invitation à honorer leurs parents  ? N’est-ce pas justement en leur rendant le poids qui est le leur… et en ne portant pas ce qu’ils n’ont finalement pas à porter ?

Certes, nous sommes invités à donner du poids à l’autre, à ceux qui n’en ont pas… Mais d’un autre côté, nous ne pouvons pas tout porter ! L’être humain a ses responsabilités, mais aussi ses conditionnements, ses angoisses.  Il y a ces valises de la vie que nous ne pouvons porter seuls : qu’elles soient humaines, affectives, transgénérationnelles… « Père, glorifie ton fils afin que ton fils te glorifie » C’est comme si cet évangile nous conviait à trouver un réel équilibre dans nos relations. Pour cela, il s’agit de mettre de la valeur là où elle doit être, mais aussi d’accepter que les autres doivent porter les enjeux qui sont les leurs… Car, comment s’épanouir si nous portons sans cesse des poids qui ne sont pas les nôtres ? N’est-il pas mieux, parfois, de donner du poids… que d’en prendre ?

Cette gloire tellement présente dans la prière de Jésus, nous confronte donc à toute l’ambiguïté humaine. A son difficile équilibre. Nous sommes mêlés de bons et de mauvais sentiments : l’histoire tortueuse qui nous précède influence notre chemin. Nos faiblesses éclairent nos forces, et nos meilleurs côtés font parfois de l’ombre à nos fragilités ! L’être humain est ainsi fait qu’il n’est jamais pleinement du bon ou du mauvais côté…

Dès lors, glorifier Dieu, n’est-ce pas avant tout trouver un point d’équilibre dans sa vie ? Pour cela, il s’agit peut-être de confier, de déposer en Dieu, ce que nous ne pouvons porter seul ! Pour nous y aider, l’Esprit est vraiment notre défenseur. « Heureux êtes-vous si on vous insulte, parce que l’Esprit de gloire, repose sur vous » nous dit d’ailleurs la seconde lecture ! Comme pour nous rappeler que —même dans les situations limites de souffrance et d’injustice— une vérité plus grande est inscrite en Dieu. Un tel esprit nous donne équilibre lorsque tout semble s’effondrer ! Cet « esprit de gloire » nous aide à mettre un peu légèreté
lorsque le poids de la vie semble trop lourd !  Cet « esprit de gloire » nous donne de ne pas faire peser sur les autres ce qui nous encombre, mais de le poser simplement en Dieu. Cet « esprit de gloire  rend possible ce qui semble finalement impossible à vue humaine !
Alors, pour accueillir une telle sagesse, inscrivons toutes nos ambivalences, nos ambiguïtés, nos lourdeurs dans le cœur de Dieu et invoquons son Esprit ! Lui qui assouplit ce qui est raide et rend droit ce qui est faussé ;
qui allège ce qui est pesant, et donne du poids à ceux qui n’en ont pas ! Amen.

Références bibliques : Ac 1, 12-14 ; Ps 26 (27), 1, 4, 7-8 ; 1 P 4, 13-16 ; Jn 17, 1b-11a

Texte de l'Homélie

Prédicateur : Fr. Didier Croonenberghs

Paroisse : Studio de la RTBF (Belgique)

Ville : Charleroi

Temps : Temps de l'Avent

Jour : 7ème dimanche

Année : A

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