Le jour du seigneur

Homélie de la messe du 2 décembre 2018 à Courtenay (Loiret)

Nous éprouvons tous la même difficulté.

La même difficulté à annoncer la Bonne Nouvelle. Nous ne le disons pas, parce que nos auditeurs en seraient tout déconcertés, mais à la vérité… Que nous soyons parents, parrain ou marraine, catéchistes, volontaires, et même prêcheurs, si je puis dire, professionnels.

Amis d’Anuncio, je pense que vous serez d’accord avec moi : l’évangélisation de rue, c’est passionnant, mais ce n’est pas facile. Il y faut beaucoup de courage, et il faut mettre son amour-propre dans sa poche.

Chers frères prêtres, je pense que vous serez d’accord avec moi : faire un bon sermon, ce n’est pas facile. Même avec de l’expérience. Au début, jeune prêtre, vous pensez que vos difficultés passeront avec le temps. Elles ne passent pas. Chaque sermon est comme le premier.

Certes, l’expérience nous enseigne. Nous apprenons à parler mieux, plus bref, plus efficace. Nous apprenons à capter l’attention. Nous apprenons aussi à vaincre notre pudeur, à aller sans crainte au-devant des autres.

Mais la plus grande leçon de l’expérience, c’est que l’expérience ne suffit pas. L’annonce de l’Évangile n’est pas un métier : c’est une mission. Et comme toute mission, elle n’a de chance de réussir que si le Seigneur s’en mêle.

Il est une phrase de l’Évangile à cause de laquelle je suis devenu dominicain : « Ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous. »

Et cette phrase est aussi la clef, je crois, de toute annonce. Annoncer l’Évangile, c’est laisser l’Esprit parler par notre bouche. Avant de parler, nous confier à l’Esprit. Après avoir parlé, confier le résultat à l’Esprit. Nous dire à chaque fois que cette mission vient du Seigneur et que le Seigneur lui fera porter fruit ; accepter cela, que nous faisons de notre mieux, sans doute, mais que la mission est au-dessus de nos forces ; et y aller quand même, en nous remettant au Seigneur qui nous envoie.

Vous ne le voyez pas, parce qu’aucune caméra ne pourra jamais le capter, mais un prédicateur du Jour du Seigneur, quand il vient à l’ambon, quand il fait ces quelques pas du siège à l’ambon — ce prédicateur inspire un grand coup, et dans son cœur il invoque l’Esprit. Il est prêt. Il a appris son texte. Il connaît son affaire. Il a du métier. Mais sans l’Esprit, tout cela ne lui servira à rien.

C’est l’Esprit qui va donner vie à ses formules et qui fera qu’elles seront non seulement entendues, mais reçues, c’est-à-dire qu’elles iront plus loin que les oreilles, qu’elles iront au cœur. C’est l’Esprit, et lui seul, qui va d’un cœur à un autre.

C’est l’Esprit qui fait qu’une parole malhabile, novice, embarrassée, est souvent mieux reçue qu’une parole savante. C’est l’Esprit qui fait que notre sourire, le courageux sourire que nous avons agrafé à nos lèvres malgré nos hésitations, parle plus que ne vont parler nos mots. Être missionnaire, c’est vivre ce mystère qu’une force de persuasion et d’amour qui n’est pas de nous, passe par nous et atteint son but nous ne savons comment.

Et parce que, missionnaires avec nos enfants, avec nos amis, avec nos ouailles, avec de parfaits inconnus, nous avons décidé de laisser l’Esprit parler en nous, nous vivons exactement ce que Jésus a vécu, lui qui confiait à ses disciples : « Ces paroles, je ne les dis pas de moi-même » ; nous vivons ce que Jésus a vécu, et cela, vivre ce que le Christ vit, est la définition de la sainteté.

 

Heureux ceux qui annoncent la Bonne Nouvelle, car quand ils prennent la parole ils sont déjà saints.

Texte de l'Homélie

Prédicateur : Fr. Yves Combeau

Paroisse : Église Saint-Pierre-Et-Saint-Paul

Ville : Courtenay

Temps : Temps de l'Avent

Jour : 1er dimanche

Année : B

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