Le jour du seigneur

Homélie de la messe du 17 mars 2019 à Solliès-Pont (83)

L’espérance de notre vrai visage

 

Frères et Sœurs,

 

Un visage transfiguré, transfiguré par la joie, transfiguré par l’émerveillement, il nous arrive heureusement d’en rencontrer : un enfant qui retrouve sa maman, deux amoureux comme ceux que chante Prévert – Rappelle-toi, Barbara, tu as couru vers lui sous la pluie, ruisselante, ravie, épanouie…  – ou encore ces personnes qui vivent seules, quand elles ont le bonheur de recevoir une visite amicale.

Pour Jésus ce jour-là, sur la montagne, sa transfiguration, c’est quelque chose du même ordre – et en même temps beaucoup plus !

 

Du même ordre, car là aussi c’est une rencontre. Jésus était allé dans la montagne pour prier. Il le faisait souvent. Et c’est la prière qui le transfigure. Pour lui, prier, c’est rencontrer celui qu’il aime.

Dans sa prière, il a des demandes, bien sûr, comme nous, devant toutes ces souffrances qui lui sont présentées chaque jour. Il est aussi dans le merci et la louange. Mais la prière, pour Jésus, autant que nous puissions le deviner, c’est avant tout ce cœur à cœur avec son Père : c’est pour lui un besoin vital, c’est son bonheur. Nous aussi, il est des moments où la prière est vraiment une rencontre avec notre Père, et cela va mettre de la joie dans notre cœur et jusque sur notre visage, comme cette Communauté ici à Solliès-Pont en donne le témoignage.

Mais cette transfiguration de Jésus sur la montagne, ce jour-là, c’est beaucoup plus encore.

Son visage, nous dit l’Evangile, devient « autre ». Ce sera aussi ce qui se passera après sa résurrection : son visage sera autre, au point même que ses plus proches ne le reconnaîtront pas. Que s’est-il passé ? Son visage n’est plus le visage que connaissent Pierre, Jacques et Jean, mais c’est son visage tel que Dieu le voit.

Eh bien, frères et sœurs, pour nous aussi, il en sera ainsi. Il n’y a pas seulement notre visage, tel que nous le voyons. Il y a notre visage tel que Dieu, lui, le voit.

Nous aussi, le jour où nous serons en présence de notre Père, où nous réaliserons à quel point nous sommes aimés, notre propre visage, ce jour-là, deviendra « autre » – il deviendra étincelant de lumière heureuse.

 

C’est pourquoi, si vous me le permettez, je vous conseille de ne pas trop vous fier à votre miroir pour connaître votre visage. Votre miroir vous trompe. Ce que nous y voyons n’est pas la vérité de nous-même. Ce n’est qu’une apparence.

Vous vous souvenez de Marguerite ou de la Castafiore qui chantait : « Ah ! je ris de me voir si belle en ce miroir… ». Oui, elle est belle, elle pourra séduire des gens. Mais est-ce là sa vraie beauté ?

 

Il y a des gens qui sont très beaux. Mais cette beauté-là n’est qu’un reflet. Elle nous invite à découvrir chez l’autre une beauté d’un autre ordre, qui n’est pas visible dans notre miroir.

Comme à l’inverse, il arrive aussi que nos visages deviennent laids de leur méchanceté, défigurés par la violence ou la haine. Mais là encore, ce que nous voyons ne traduit qu’une partie de ce que nous sommes : ce n’est pas notre vrai visage.

 

Aujourd’hui pourtant, c’est ce visage défiguré que nous montrons souvent, nous-même, notre société. Nous, quand la violence nous habite. Notre humanité, défigurée par les injustices, la guerre, les haines. Et aussi, hélas, notre Eglise, défigurée par la perversité de certains de ses prêtres, jusqu’à certains de ses évêques.

 

Eh bien, dès maintenant, nous avons à lutter contre tout ce qui nous défigure pour préparer notre transfiguration, la nôtre, celle de notre humanité, de notre Eglise. A la suite du Christ. Ce n’est pas pour rien que ce jour-là, Jésus parle avec Moïse et Elie de son départ, littéralement de son exode, c’est-à-dire de sa mort, de sa Pâque. Pâques, c’est une libération : libérer l’humanité du mal qui la défigure, commencer à vivre dans la vérité de ce que nous sommes en tant qu’enfants de Dieu.

Et là, ce n’est pas une question de visage, c’est une question de cœur. Laisser Dieu changer notre cœur de pierre en un cœur de tendresse. Si notre cœur commence à changer, alors cela va déjà se voir sur notre visage. Un peu, et parfois beaucoup. Si nous nous laissons toucher au cœur par la compassion, la tendresse, si notre cœur commence à ressembler à celui du Christ, notre transfiguration est commencée. Déjà va briller sur notre visage quelque chose de notre cœur, ce cœur aimant qui est le vrai.

 

C’est notre espérance : le jour où Dieu nous ouvrira les bras, pouvoir nous y jeter, ravis, épanouis, le visage rayonnant non plus du soleil de cette terre, mais du soleil de l’amour. En le voyant, lui, notre Dieu, notre Père, tel qu’il est, en étant serrés et bercés dans ses bras, nous serons transfigurés par la joie. Totalement et pour toujours.

Texte de l'Homélie

Prédicateur : Père Gabriel Nissim, dominicain

Paroisse : Église Saint Jean-Baptiste

Ville : Solliès-Pont

Temps : Temps du Carême

Jour : 2ème dimanche

Année : C

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