Le jour du seigneur

Homélie de la messe du 18 août 2019 à Laeken en Belgique

Les paroles de Jésus sur la division ne semblent pas correspondre à l’image que nous avons de Lui. Pour nous, Jésus est un homme pacifique. N’a-t-il pas dit :
“Quand vous entrez dans une maison, que votre premier mot soit : paix à cette maison.”
Et dans le sermon sur la montagne, Il bénit ceux qui apportent la paix.
Mais malgré cette image, beaucoup de personnes aujourd’hui relient la religion à la haine et à la violence. La religion n’engendre que des guerres “, disent certains.
Nous devons y répondre. La vraie religion et la spiritualité apportent la paix intérieure et la paix au sein de la communauté.
Certains utilisent la religion pour faire la guerre ou pour commettre des actes de violence, mais alors ils utilisent la foi abusivement.  Souvenons-nous de la guerre dévastatrice en Syrie, mais aussi des attentats qui ont eu lieu il y a trois ans à Bruxelles et contre le prêtre Hamel en France. Croire en Dieu et la violence sont contradictoires.. Jésus apporte la paix

Mais pas n’importe quelle paix. Car suivre Jésus exige de faire des choix pour la bonté et la vérité, pour l’amour et la justice, pour le respect et la dignité de chaque être humain.

En conséquence, les chrétiens deviennent des signes de contradiction.

Mais si Jésus nous donne la paix, la vraie paix, pourquoi dit-il aujourd’hui.  “Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde? Non, je vous le dis, mais plutôt la division”. On n’est pas habitué à ce que Jésus parle ainsi.

Pourquoi alors a-t-il apporté la division? Jésus annonçait la venue du Règne de Dieu. Dieu vient, il est tout proche : telle était sa conviction la plus profonde, le coeur de son message. Mais si Dieu vient, ce n’est pas pour condamner. Dieu est à la recherche de l’homme, de l’homme perdu. Il nous aime, il vient nous tendre la main, nous sauver. Cet amour de Dieu, Jésus l’annonce à tout homme, sans exception, même à ceux et celles qui, selon nos catégories, ne le méritent pas et n’en sont pas dignes. Dieu « fait lever son soleil sur les méchants et les bons, et tomber la pluie sur les justes et les pécheurs ». Non, il faut aimer son prochain, comme soi-même. Il faut l’aimer, respecter l’autre, il faut aimer même l’ennemi. C’est à cause de cet amour et de cette humanité radicale qu’il est devenu signe de contradiction et de division.

Je connais des familles où on ne sait plus parler de réfugiés ou de migrants. Ils sont divisés entre eux parce que les uns optent, au nom de l’évangile, pour le respect et la dignité du migrant, et d’autres ne voient dans des migrants que des profiteurs.

Si nous sommes chrétiens, nous ne pouvons abandonner l’option du respect du migrant, même si cela provoque une division. C’est cela que Jésus veut dire. Jésus nous demande de suivre notre conscience. C’est ce qu’ont fait le cardinal Joseph Cardijn et le Roi Baudouin qui reposent dans cette église.

Dans l’Europe d’aujourd’hui, ne soyons pas surpris d’être incompris ou dédaignés quand nous donnons priorité à la messe dominicale et à la prière, au respect du pauvre ou à l’accueil de l’étranger.

Alors nous comprenons qu’aujourd’hui Jésus dit : “Je suis venu apporter le feu, et combien j’aspire à ce qu’il s’allume”. Ce n’est pas le feu de la haine et de la destruction. C’est le feu de l’amour de Dieu, de l’Esprit de Dieu. L’amour et la solidarité très concrète peuvent conduire à la division.

La première lecture est un exemple de cette solidarité concrète avec l’humanité. Le prophète Jérémie voulait éviter les effusions de sang dans le conflit avec Babylone.  C’est pourquoi les nobles le qualifient de traître et reçoivent du roi l’autorisation de le faire tuer. Ils le jettent dans un puits. Mais l’Éthiopien Ebed Melek, un étranger qui travaillait aussi à la cour du roi, ne pouvait pas voir l’injustice et convainc le roi de faire sortir le prophète Jérémie du puits avant sa mort.

Nous aussi, nous sommes parfois accusés à tort. Et alors, il est important que d’autres vous soutiennent.

Si vous êtes au fond du puits, comme Jérémie, vous avez besoin d’autres personnes pour vous en faire sortir. C’est pourquoi la première lecture est une invitation à se soutenir mutuellement dans des circonstances difficiles.

Etre disciple de Jésus, c’est être fidèle à l’Evangile, même si cela entraîne des divisions. En même temps, le Christ est notre vraie paix. La paix du Christ soit avec vous tous.

Texte de l'Homélie

Prédicateur : Mgr Herman Cosijns

Paroisse : Église Notre-Dame de Laeken

Ville : Laeken (Belgique)

Temps : Temps Ordinaire

Jour : 20ème dimanche

Année : C

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