Le Jeudi saint, 9 avril 2020

Le Jeudi saint porte ce nom car il est celui qui précède la fête de Pâque. Les chrétiens célèbrent la Cène (en latin cena : repas du soir). C’est ce dernier repas que Jésus partage avec ces disciples le soir précédant sa mort. Ce repas auquel il donne une signification particulière est à l’origine de la pratique chrétienne de l’eucharistie.

Les origines et l’histoire

La fête de Pâque approche. Par sa manière de vivre et son enseignement Jésus a mis sa vie en danger aux yeux des autorités religieuses. Au cours de ce dernier repas avec ses disciples, il annonce que ce serait sa dernière Pâque avec eux. Comprendre un peu plus ce dernier repas, c’est aussi se replonger dans la tradition juive de cette période. Aux temps bibliques, prendre un repas ne se réduisait pas à consommer des aliments. C’était un temps pour manifester l’Alliance de Dieu avec son Peuple.

A l’époque de Jésus, le repas pascal, le Seder, se déroulait selon une liturgie précise. Tout d’abord, des hors d’oeuvre étaient servis dans une autre pièce que celle du repas lui-même dans le but d’apaiser la faim. Une formule de bénédiction consacrait ce jour de fête et une première coupe dite de bénédiction était distribuée. Ensuite dans la salle principale commençait le repas proprement dit. Le repas servi, une seconde coupe était distribuée. Un enfant interrogeait le père de famille qui expliquait alors les rites en rappelant la sortie d’Egypte. Ce jour là, les juifs partagent l’agneau et le pain sans levain comme leurs ancêtres, les Hébreux. A l’époque l’Exode en 1250 av JC avec Moïse, ils ont mangé en toute hâte pour fuir de l’Egypte vers la Terre Promise.

Lors de ce repas d’adieu, Jésus prend le pain en remerciant Dieu son Père et le partage à ses disciples en leur disant : « Prenez et mangez-en tous : ceci est mon corps livré pour vous. » (Mc 14,22) Puis à la fin du repas, il prend la coupe de vin. De nouveau, il rend grâce et la donne à ses disciples en disant : « Prenez et buvez en tous, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Vous ferez cela en mémoire de moi. » (Mt 26, 26-29). Pour Jésus, ce n’est plus par le sang des animaux  que se conclut l’Alliance entre Dieu et les hommes, mais par sa vie.

Signification et sens

Le contexte de la Cène est celui d’un repas quasi liturgique comme celui pris par les confréries religieuses juives. On y faisait mémoire de l’Exode, on y célébrait la présence active de Dieu et de son Peuple, on attendait le Royaume. Ces repas étaient un authentique culte rendu à domicile. Marc, l’évangéliste, interprète le dernier repas de Jésus (Mc 14,22-25). Il met en scène la Pâque de Jésus qui pour lui, va accomplir celle d’Israël. Pour Marc, il s’agit d’un véritable passage, celui qui va du rituel juif au rituel chrétien. Pour ses disciples, Jésus par ces paroles identifiait son corps et son sang au pain et au vin. Sa mort prochaine était un nouveau sacrifice pascal. Ce repas est pour l’évangéliste Marc et à sa suite Luc et Matthieu, celui de la fête du Messie, sa Pâque, son passage de la mort à la vie et la libération qu’elle offre à ceux qui la mangent avec lui. Autre moment important de ce dernier repas : Jésus lave les pieds de ses disciples. Il s’agenouille devant chacun des douze, leur témoignant ainsi la tendresse qu’il a pour eux. Ce geste du lavement des pieds est repris durant la messe du Jeudi saint. Dans beaucoup d’églises, la liturgie de la cérémonie du Jeudi saint commence par ce rite du lavement des pieds. Le prêtre s’agenouille et lave les pieds de douze fidèles.

L’histoire de la messe

« Vous ferez cela … » Tout commence avec cet ordre du Seigneur rapporté par Paul (1Co 11,24) et Luc (Lc 22,19). Les disciples en refaisant les gestes de la Cène vont faire revivre ces événements de sa Passion et de sa Résurrection de Jésus. Cela se passe d’abord de manière orale comme des témoignages. Puis vient le temps de les écrire pour les générations futures.

Les récits de l’institution de l’eucharistie sont mis par écrit plusieurs années plus tard. Le plus ancien est celui de Paul et date de l’an 55. Ces récits n’ont d’autre but que de permettre aux premières générations de chrétiens, d’approfondir le sens de« rompre le pain » en lien avec le dernier repas de Jésus. Au début de l’Eglise, du premier siècle au troisième siècle, les communautés chrétiennes célèbrent la Cène dans la discrétion de la vie domestique de maison ordinaire. Notamment pour échapper aux persécutions romaines. Au quatrième siècle, avec l’édit de tolérance de la foi chrétienne promu en 313 par l’empereur romain Constantin, la messe va sortir d’une forme de clandestinité pour être célébrée dans les églises où le nombre de chrétiens ne fait qu’augmenter.

 

François LE ROUX