L’Immaculée Conception, le 8 décembre 2020

A ce titre, pour les catholiques, Marie est parmi les élus de Dieu l’unique Immaculée Conception, nouvelle Eve qui s’adonne à sa foi sans commettre la moindre désobéissance, elle est perçue comme une créature idéale. Les orthodoxes considèrent plus la sainteté du Christ (sans péché) que la sainteté de Marie, les gnostiques voient à travers la Vierge l’enfantement miraculeux de Jésus par le don du Saint Esprit, par contre, ils lui attribuent le péché originel ce que réfute magistralement Saint Irénée de Lyon. Concernant les protestants, selon les écoles luthériennes ou calvinistes, ils sont partagés sur la dénomination du dogme, d’autres encore adhèrent aux proclamations du Concile de Chalcédoine (451) à propos du Christ doté de deux natures : divine par Dieu et humaine par Marie. Le 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception, n’est pas dédié à la conception virginale de Jésus comme nombre de chrétiens le pensent, c’est la grâce qui touche Marie d’une pureté originelle et exempte de tout péché pour accueillir, tel un temple ou un tabernacle, Jésus qui est Dieu incarné dans son sein vierge (thèse du Concile de Bâle, 1453). Dans la religion chrétienne, la Vierge reçoit et coopère avec son fils en scellant le pacte d’amour de Dieu et en prononçant le « oui » à être mère pour offrir son fils, Jésus, à l’humanité. Etant mère de Dieu, Marie n’a pas pu connaître de péchés, elle est donc exceptionnelle comme le démontre aussi pour les catholiques le dogme de l’Assomption.

L’origine de l’Immaculée Conception

Dès l’adolescence, c’est à l’Annonciation dans la Salutation que l’archange Gabriel reconnaît cette vertu en Marie « Pleine de grâce » (Lc 1, 28) parce qu’elle provient de la volonté de Dieu. Dans les tout premiers siècles, le doute  subsiste sur Marie d’être née sans péché. Jésus étant le rédempteur et le Sauveur des hommes, comment aurait-il pu sauver sa mère avant l’heure ? Questionnements de croyants tels Pélage, Julien d’Eclane, Saint Augustin, entre autres. Sainte certes, mais préservée du péché originel, comment ? Cela sème la discorde. Vers le VIIe siècle, en Orient, André de Crète célèbre la conception de Marie d’abord à travers Sainte Anne, sa mère qui serait stérile, le 9 décembre, soit 9 mois avant le 8 septembre, fête de la Nativité de la Vierge, Marie est dite « Immaculée ». Entre le XIe et le XIIIe siècle, des moines venus d’Orient importent cette fête, fixant la date au 8 décembre en Europe, les chanoines de Lyon en sont les précurseurs en France, considérant Marie sans péché alors que Saint Thomas d’Aquin, dominicain, les désavoue. Au XIVe siècle, c’est le grand débat qui divise la cour pontificale d’Avignon autour de l’Immaculée Conception, controverse entre les franciscains qui sont pour et les bénédictins qui sont contre, car Marie pour ces derniers est juste la mère de Jésus. A la même époque, Jean Duns Scott, franciscain, se résout finalement au dogme de l’Immaculée Conception « Dieu pouvait préserver sa Mère du péché de la race, il convenait qu’il fît et il l’a fait. » Au Moyen-Age, dans un livre d’heures de Bonne d’Armagnac, une enluminure du peintre Jean de Toulouse symbolise, selon une tradition apocryphe, l’Immaculée Conception par un baiser de Saint Joachim à Sainte Anne, ses parents. In fine, personne n’en tiendra compte. Au XVe siècle, le pape Sixte IV l’inscrit au calendrier romain puis au début du XVIIe siècle, Paul V, sans aucun veto, réaffirme la conception immaculée de Marie, cependant demeurent toujours les deux camps des « maculistes » et des « immaculistes ». Après bien des maturations ecclésiales, Pie IX promulgue le dogme de l’Immaculée Conception dans la bulle « Ineffabilis Deus » le 8 décembre 1854. Cette bulle énonce que Marie est sauvée par anticipation, elle ne connaît pas le péché parce qu’elle bénéficie d’avance de la grâce donnée par le Christ sur sa croix.

Le sens de l’Immaculée Conception

La prière latine complète de l’ « Ave Maria » traduite par « Je vous salue Marie », à partir du XIIe siècle, présente dans sa première partie la Vierge comme l’Immaculée Conception, déjà sourcée depuis le IVe siècle dans la liturgie de Saint Jacques « Salut, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi, tu es bénie parmi les femmes et béni le fruit de ton sein, car tu as engendré le Sauveur de nos âmes. » Marie est immaculée parce qu’elle est remplie de l’Esprit Saint sans péché depuis sa conception. Marie est la première rachetée, elle est la plus grande réussite de la rédemption, elle est dispensée de toute concupiscence terrestre (tendance aux péchés) et elle va le faire connaître aux yeux de l’humanité pour son bien. Notamment lors de certaines apparitions mariales comme le 27 novembre 1830 où la Sainte Vierge apparaît dans la Chapelle, rue du Bac à Paris, une nouvelle fois, à Catherine Labouré (sanctifiée depuis) lui demandant de frapper une médaille à son effigie inscrit au bord « Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous. » Après la promulgation du dogme de l’Immaculée Conception en 1854, Marie va le reconfirmer à Lourdes en 1858 auprès d’une fillette illettrée du nom de Bernadette Soubirous en se présentant comme « l’Immaculée Conception. » De ce dogme, les catholiques contemplent Marie donnée en cadeau par l’Eglise, une femme telle qu’elle est voulue par Dieu. L’Immaculée Conception est modèle pour tous les chrétiens qui souhaitent s’ouvrir spirituellement à Dieu, de manière immaculée et en présence de Marie, mère de tous les croyants.

 

Laurent ADICEAM DIXIT