La liturgie est la façon dont les chrétiens célèbrent ensemble les sacrements ou prient ensemble. Héritière d’une longue tradition, la liturgie catholique est à la fois un discours et une action : elle dit et elle fait ce qui est dit, aussi bien par des mots que par des gestes et des signes.

La liturgie, une mise en scène de la foi

Quand les chrétiens s’assemblent pour prier ou célébrer (la messe et les sacrements), ils ne font pas que parler ou chanter : ils suivent un certain nombre de rites, un rythme, une gestuelle, des costumes particuliers. C’est exactement une mise en scène. L’espace de l’église (ou du lieu choisi), le temps, les couleurs, les gestes évoquent et signifient quelque chose. L’importance de la Parole de Dieu est soulignée par le pupitre depuis lequel elle est proclamée. Celle de l’eucharistie par la centralité de l’autel, en forme de tombeau ou de table du sacrifice, qui rappelle le don d’amour du Christ. La couleur rouge signifie le sang, l’amour et l’Esprit, le violet le deuil, la pénitence et donc le carême, l’or la joie et la Résurrection… L’encens signifie la vénération, l’eau bénite la purification… C’est que les mots ne sont pas tout. Pour signifier un mystère, bien d’autres moyens sont imaginables.

Ces rites sont codifiés dans le Missel et les différents rituels. En effet, les chrétiens disposent d’une large latitude, mais comme les gestes sont signifiants, le noyau de la liturgie doit être commun pour être sûr qu’on célèbre la même chose. On peut donc célébrer au plus simple — une messe en pleine nature, un tas de pierres faisant l’autel, par exemple — ou au plus solennel — dans une cathédrale illuminée, avec le grand orgue et une chorale, mais toujours en suivant une trame commune.

Le chrétien n’est pas spectateur. Même laïc, il participe à la liturgie. Il bouge, répond, chante, proclame. Dans une liturgie réussie, tout le monde a été acteur ! La plupart du temps, la liturgie a pour chef le prêtre, qui représente le Christ dans la communauté. Mais autour de lui, il a toute une équipe. Les chanteurs, ceux et celles qui ont orné l’église, les musiciens, les servants, les lecteurs. Toutes les paroisses ont ainsi une équipe liturgique aux compétences variées. Dans les communautés religieuses et les églises importantes, le « gardien » de la liturgie est le cérémoniaire : comme un metteur en scène, il aide chacun à jouer son rôle dans l’action.

Que veut dire la liturgie ?

Par sa mise en scène, la liturgie ne se contente pas de commenter le message de Dieu : elle le met en œuvre. À la messe, on se donne la paix du Christ « pour de vrai ». On reçoit réellement le pardon (au début), la bénédiction (à la fin) et surtout on communie réellement. Lors du baptême, au-delà du rappel des Paroles de Jésus sur le baptême, on effectue un « vrai » baptême, comme Jésus l’aurait fait. La liturgie est donc une action, et elle a des effets sur notre esprit et notre cœur.

D’où vient la liturgie ?

La liturgie de la messe est héritière de la synagogue juive, des propres gestes et paroles de Jésus et d’une tradition enrichie au fil des siècles. On y trouve des éléments romains (la tenue du prêtre), des souvenirs grecs (certaines paroles), des apports du moyen âge et de l’époque moderne. Les différentes fêtes sont apparues à différentes époques, Pâques étant la première et la plus importante. Le répertoire de chants et de gestes ne cesse de s’accroître. Il en est de même pour toutes les liturgies.

La liturgie a donc évolué. Dans l’Église catholique, ces évolutions sont le plus souvent le fait des conciles (concile de Trente, concile Vatican II). Elles visent à adapter le rite à la sensibilité contemporaine. Car dans la liturgie, on voit, on entend, on sent, on éprouve même par le corps (les gestes du prêtre et des fidèles). Or ce ressenti peut parler à une époque et ne plus parler à une autre. Mais en même temps, on s’efforce de s’inscrire dans une tradition. Ce qui change n’est pas ce qui est signifié, mais la façon dont cela est signifié. C’est pourquoi même une liturgie contemporaine conserve des rites très anciens. De la sorte, on signifie que chaque chrétien n’est qu’un relais dans une immense communauté qui recouvre non seulement l’espace, mais aussi le temps, aujourd’hui, hier et demain.

Combien de liturgies ?

La messe est la plus connue des liturgies. Mais il y en a beaucoup d’autres. Chaque sacrement, du baptême au sacrement des malades, est vécu de façon liturgique. Même si la liturgie ne rassemble que deux ou trois personnes dans une chambre ! Chez les religieux comme les moines et moniales, la liturgie s’étend à toute la prière commune : laudes et vêpres, mais aussi repas. Comme si toute la vie devenait une prière — et c’est précisément le but de la vie monastique.

On peut très bien inventer des liturgies à la maison. Allumer une bougie en famille pour la prière avec les enfants, c’est déjà une liturgie.

On peut aussi enrichir des liturgies existantes (sans en faire trop !). Apporter les offrandes en procession à la messe n’est pas prévu par le Missel, mais c’est une belle idée. Ou bien se tenir la main au Notre Père. Beaucoup de communautés ont leur liturgie propre. Tout comme certaines traditions chrétiennes, surtout en Orient. Un véritable trésor de culture, de sens et d’approfondissement du mystère de la foi.

 

Frère Yves COMBEAU, o.p.