Le Pape François canonisera le 14 octobre 2018 Nunzio Sulprizio, un jeune laïc contemporain du 19ème siècle. Une main tendue vers une sainteté universelle, juste avant le Synode des jeunes prévu en octobre 2018.

Nous sommes tous appelés à être des saints en vivant avec amour et en offrant un témoignage personnel dans nos occupations quotidiennes”, déclarait le Pape François dans Gaudete et exsultate, sa troisième exhortation apostolique publiée début avril. Aujourd’hui, il met en pratique cette pensée en annonçant la canonisation de Nunzio Sulprizio, un jeune laïc mort au XIXe siècle après une vie vécue dans la misère.

Cette phrase forte souligne la volonté d’ouvrir, encore davantage, le long chemin vers la sainteté au peuple tout entier, y compris aux laïcs. Cette reconnaissance a débuté véritablement avec le Concile Vatican II, qui y consacrait même un chapitre entier nommé “La vocation universelle à la sainteté dans l’Église”, dans Lumen Gentium, une constitution dogmatique sur l’Église.

L’héritage du Concile Vatican II

Le Pape Paul VI 1897-1978 (Vatican City)

Si la pratique s’est démocratisée dans les années 1960, le Pape François insiste ici sur son engagement populaire. Nunzio Sulprizio sera canonisé en même temps que l’ancien Pape Paul VI, qui l’avait lui même béatifié pendant Vatican II. À ce sujet, Vatican News affirme la valeur symbolique du geste : “En les canonisant ensemble, le Pape François reliera deux modèles de sainteté, celle d’un Pape […], et celle d’un jeune garçon humilié, dont la foi demeure un exemple pour les plus pauvres d’aujourd’hui.

Nunzio Sulprizio, orphelin et mort à l’âge de dix-neuf ans seulement, était originaire du Royaume de Naples, où il était ouvrier. Maltraité par son oncle qui en avait la garde, il mourra d’un cancer des os en 1836. Pour Vatican News, “il s’agit d’un nouveau témoin de la sainteté ordinaire, celle des plus petits, des plus misérables, des plus invisibles.

Nunzio Sulprizio 1817-1836 (Séaume Jean-Marie)

Si Nunzio Sulprizio fait figure de symbole, il n’est pas un cas isolé. Devenu le recordman du nombre de béatifications, le Pape François a reconnu en juillet dernier les valeurs héroïques de quatre autres laïcs. Trois d’entre eux étaient de très jeunes croyants, touchés par la mort alors qu’ils souffraient de maladies incurables. Des vies de souffrance, mais des jeunes qui ont su trouver malgré tout un sens religieux à leur existence. Jean Paul II et Benoît XVI ont eux aussi reconnu les valeurs héroïques de plusieurs laïcs.

Les laïcs tombés dans l’oubli

Mais alors pourquoi l’Église a-t-elle mis tant de temps à instituer des laïcs en tant que saints ? “Tout part de la réputation de sainteté qui naît spontanément dans le peuple de Dieu et qui pousse naturellement des fidèles à demander des grâces par l’intercession de défunts”, expliquait Rémi Bazin de la congrégation romaine à Famille Chrétienne en 2015. Souvent dans l’ombre, les laïcs tomberaient plus facilement dans l’oubli et seraient par conséquent privés de la sainteté officielle.

Le Pape François (Korea.net / Korean Culture and Information Service, Jeon Huan)

Pour le Pape François, il semble donc important d’entériner cette ouverture. En 2017, il ajoute “l’offrande de la vie” aux modalités nécessaires pour débuter une béatification. Jusqu’alors, il n’existait que le martyr et l’exercice de vertus héroïques. Cette nouvelle option pourrait par exemple s’appliquer à un fidèle qui viendrait en aide à des personnes dont la maladie est très contagieuse.

Dieu veut que nous soyons saints et il n’attend pas de nous que nous nous contentions d’une existence médiocre, édulcorée, sans consistance”, exprimait le Pape dans Gaudete et exsultate. Une sorte de réaffirmation de la sainteté qui nous a été confiée à travers le baptême. En quelque sorte, une réaffirmation de la sainteté comme état de vie, en dehors de toute fonction religieuse.