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Le jour du seigneur

Frère Aloïs : les migrants au cœur de Taizé

Reportage

Parmi les programmes proposés par la communauté de Taizé cet été, ne manquez pas la semaine de réflexion autour du thème des migrations du 16 au 23 juillet. Elle s’adresse aux 18 – 35 ans qui s’intéressent ou souhaitent s’engager dans l’accueil et l’accompagnement des migrants et plus largement de tous ceux qui sont contraints à l’exil. Une démarche née d’une rencontre à Rome avec l’équipe chargée par le Pape de coordonner l’implication de l’Eglise catholique auprès des migrants. Au programme de cette semaine : des ateliers, des rencontres avec des experts ou des acteurs de terrain, des temps d’échange et de partage.

Une très belle initiative, porteuse de sens et d’engagement que nous détaille le Frère Aloïs, prieur de la communauté de Taizé.

Comment est née cette semaine de réflexion ?

Frère Aloïs : L’idée de cette semaine de réflexion sur les migrations est née d’une rencontre à Rome avec le Père Michael Czerny, le jésuite canadien à qui le Pape François a demandé de suivre pour lui tout ce qui concerne les migrants et réfugiés. Dans le dialogue avec le Père Czerny, le projet s’est fait jour d’offrir, dans le cadre des rencontres internationales à Taizé, une plateforme d’échange et de réflexion destinée en priorité à des jeunes adultes de 18 à 35 ans. Ces jeunes seront, pour quelques uns, des réfugiés ; pour d’autres, des volontaires du monde entier présents à Taizé tout l’été ; pour la majorité, des jeunes d’Europe ayant un engagement ou un intérêt dans l’accompagnement des migrants.

Quel en est son objectif ?

Frère Aloïs : Le premier objectif de cette semaine est de permettre aux participants d’approfondir leur réflexion sur les migrations grâce aux échanges et aux partages entre eux, mais aussi grâce à des conférences d’experts ou de témoins engagés et aussi des ateliers dans lesquels seront présentées de nombreuses initiatives concrètes. Au cours de la semaine, interviendront ainsi des jeunes réfugiés (Syrie, Érythrée, Soudan, Afghanistan), des responsables d’Églises (Section pour les migrants au Vatican, Fédération luthérienne mondiale, Communion anglicane), plusieurs députés européens et des représentants institutionnels (OFPRA, Office International des Migrations), des volontaires engagés dans l’accueil des migrants (Caritas Europe, Service jésuite des réfugiés, Réseau chrétiens immigrés, maison Maria Skobtsova à Calais, etc).

« J’ai souvent dit à ces jeunes (migrants), en tout une trentaine à être passés par Taizé pour quelques semaines ou plus d’un an, qu’ils ont été un vrai don de Dieu pour nous  » Frère Aloïs. 

Récemment la communauté a accueilli des réfugiés. Est-ce que vous pouvez nous raconter ?

Frère Aloïs : En effet, nous avons accueilli à Taizé ces dernières années trois familles du Proche-Orient, avec en tout sept enfants, et aussi plus récemment des jeunes migrants de Calais, qui nous ont été confiés par les autorités civiles dans le cadre d’un centre d’accueil et d’orientation. J’ai souvent dit à ces jeunes, en tout une trentaine à être passés par Taizé pour quelques semaines ou plus d’un an, qu’ils ont été un vrai don de Dieu pour nous. Ils nous ont permis de prendre notre part au devoir d’accueil de nos sociétés dans la crise migratoire actuelle. De leur présence nous avons beaucoup reçu.

« Pour frère Roger, il était essentiel de ne pas dissocier la vie intérieure et la solidarité, la responsabilité envers notre prochain et la confiance en Dieu » Frère Aloïs.

Cette démarche s’inscrit dans une tradition d’accueil de Taizé…

Frère Aloïs : L’accueil de personnes dans le besoin fait en effet partie de l’identité même de notre communauté. Notre fondateur, frère Roger, a accueilli des réfugiés pendant la seconde guerre mondiale, puis par la suite des personnes fuyant leur pays en guerre ou sous la dictature. Ainsi,  du Vietnam, du Rwanda, de la Bosnie, sont arrivées des familles à Taizé, au fil des années. Pour frère Roger, il était essentiel de ne pas dissocier la vie intérieure et la solidarité, la responsabilité envers notre prochain et la confiance en Dieu. Cette hospitalité a permis de vivre cela très concrètement.

Pour les personnes récemment accueillies, aviez-vous établi des critères religieux d’accueil ?

Frère Aloïs : Il n’y a pas de critère religieux pour sélectionner les familles ou les jeunes. Tous nous ont été confiés, nous ne les avons pas choisis. Toutefois, il me semble très important que nous n’ayons pas accueilli seulement des chrétiens mais aussi une famille syrienne et de nombreux jeunes du Soudan ou de l’Afghanistan, tous musulmans. Devant une telle urgence humanitaire, comment pourrions-nous sélectionner les personnes selon leur origine nationale ou religieuse ? Il est essentiel que l’hospitalité soit inconditionnelle, à l’image du regard d’amour du Christ tel que nous le découvrons dans l’Évangile.

Qu’est-ce que la communauté a appris de cette démarche ?

Frère Aloïs : Nous continuons de recevoir de la présence de ces réfugiés un vrai élargissement de notre horizon. Ils se sont eux-mêmes investis concrètement dans l’animation du « week-end d’amitié islamo-chrétienne », qui a eu lieu début mai à Taizé. Nous avons découvert que dans les villages alentour de nombreux voisins, chrétiens ou non, étaient prêts à aider. Ainsi, un vrai réseau de solidarité s’est mis en place pour les cours de français, les démarches administratives, les questions médicales, etc. Et je voudrais dire enfin que je suis très reconnaissant pour l’amitié qui est née depuis deux ans avec la communauté musulmane de Chalon-sur-Saône et son imam. C’est très beau que ces familles et ces jeunes venus de loin nous aient permis de bâtir des liens d’amitié avec des personnes proches géographiquement mais que nous ne connaissions pas.


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