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Le jour du seigneur

La chapelle Notre-Dame-des-Sans-Logis, dernier vestige du « camp des sans-logis » à Noisy-le-Grand

Patrimoine

En banlieue parisienne, le contraste est insolite. Une chapelle aux airs de cabane est coincée entre des immeubles. Une plaque en terre cuite indique que la hutte s’intitule Notre-Dame-des-Sans-Logis-et-de-Tout-le-Monde. Voici tout ce qu’il reste du « camp des sans-logis ».

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Février 1954. Après l’appel de l’abbé Pierre, des centaines de familles accourent vers Paris, espérant être relogées. Elles sont provisoirement abritées sous des tentes aux portes de la capitale. Pour reloger trois cent d’entre elles, l’État décide la construction de deux « cités d’urgence ». Pour les autres, l’abbé Pierre, avec les dons reçus des Français, achète un terrain de treize hectares aux marges de la petite ville de Noisyle- Grand. Deux cent cinquante familles s’y installent sous des abris sommaires, les « igloos ». Elles vivent sur la terre battue, sans eau ni électricité dans « un hameau de détresse ».

La guerre à la misère

« Ce jour-là, je suis entré dans le malheur », se souvient un jeune abbé envoyé par son évêque pour être l’aumônier des familles du camp. D’emblée, Joseph Wresinski reconnaît la précarité qu’il a lui-même vécue dans son enfance. « J’ai senti que je me trouvais devant mon peuple. » Il s’installe durablement dans une baraque. Et déclare la guerre à la misère.

Jugeant l’aide matérielle nécessaire, mais non pas suffisante, le père Wresinski crée jardins d’enfants et bibliothèques. Il combat pour la dignité par la culture. Il lutte contre l’illettrisme. Une certitude anime Joseph Wresinski : « La misère est l’oeuvre des hommes, seuls les hommes peuvent la détruire. » C’est ainsi que naît l’association Aide à toute détresse, devenue aujourd’hui le mouvement international ATD Quart Monde.

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Père Joseph Wresinski – Archive ATD Quart Monde

Au coeur du camp, une chapelle

On a improvisé un lieu de prière dans un des igloos du camp, mais l’aumônier veut un lieu « plus digne du Seigneur ». Au cours de l’année 1957, les habitants du camp édifient une chapelle au point le plus haut du terrain. Ils sont aidés par des bénévoles de divers pays, des croyants de plusieurs religions et des non-croyants. Dessinée par une artiste, l’architecture de la chapelle rappelle la forme des « igloos » du campement. Moellons, bois, tôles, galets : les matériaux de construction sont de récupération. Bouleversé par la misère, un autre artiste, Jean Bazaine, apporte sa contribution. Il réalise les vitraux du petit sanctuaire afi n qu’une parcelle de beauté témoigne de la dignité humaine au milieu de la boue du camp.

La chapelle rythme les jours heureux et douloureux des familles attachées au camp puis à la cité du Château-de-France. Geneviève de Gaulle-Anthonioz raconte, dans Le secret de l’Espérance, qu’à la racine de son engagement aux côtés des familles démunies, il y eut une célébration pour deux enfants morts dans l’incendie de leur igloo. C’était pendant l’hiver de 1960.

Mémoire vivante de cette période, né dans le camp, Jean-Pierre Cheval réside encore aujourd’hui dans le quartier. « Je me suis marié, j’ai baptisé mes enfants et petits-enfants, j’ai enterré mon épouse ici. Ça fait une vie de souvenirs… » Jean-Pierre Cheval est le sacristain de la chapelle. Ce n’est pas sans émotion qu’il l’a vue labellisée « patrimoine du XXe siècle » puis classée monument historique.

En 1970, quand les pavillons de la cité Emmaüs remplacent le campement, la chapelle est déplacée pierre par pierre et reconstruite à l’angle des rues Jules-Ferry et des Hauts-Roseaux, une centaine de mètres plus bas. C’est là qu’on la déniche aujourd’hui, surplombée par les logements du centre de promotion familiale d’ATD, un projet pilote qui soutient une trentaine de familles en grande difficulté. Les prêtres de la paroisse de Noisy-le-Grand viennent y célébrer la messe chaque mardi soir. Depuis 1957, on y fête Noël chaque année.

Et toujours on continue à y prier avec les mots du père Wresinski : « Notre-Dame de ceux qui n’ont rien, priez pour nous. Notre-Dame de ceux qui ne sont rien, priez pour nous. »

Marta DELSOL


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