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Le jour du seigneur

Homélie de la messe de minuit

Mes chers frères et sœurs,

Une fois de plus, et comme chaque année depuis près de 2000 ans, les chrétiens du monde entier sont réunis, ce soir, pour célébrer la naissance au monde du Fils éternel de Dieu ! Une fois de plus, depuis près de 2000 ans, des yeux tout neufs d’enfants émerveillés, comme aussi des yeux tout près de s’éteindre, s’attendrissent devant un enfant couché dans une crèche.

Oui, partout dans le monde, ce soir, les chrétiens sont réunis dans la splendeur de leur cathédrale, ou dans le secret de leur cave ; d’autres encore sont seuls avec leur souffrance dans un lit d’hôpital ; mais tous ont au cœur comme une chaleur, une vibration, une tendresse, une espérance, parce qu’ils savent que ce soir, de nouveau et de manière particulière, un Enfant nous est né, un Fils nous est donné : il est le Dieu fort, le Prince de la paix tant annoncée, et tant attendue ! Et partout dans le monde, des voix s’unissent, des voix toutes fraîches et des voix usées par les blessures de la vie, pour chanter comme en un écho qui jamais ne s’éteindra, leur réponse au chant primordial des anges : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ! » Oui, ce soir, Dieu vient passer sa première nuit sur notre terre basse ! Et il y a désormais, perdue dans l’immensité du cosmos, une petite planète bleue de sable, d’arbres et d’eau, mais qui en est la reine parce que Dieu en a tiré son corps ! Un corps tiré du limon de la terre et qui aurait dû y retourner comme vous et moi. Mais voilà qu’au matin de Pâques, comme une fleur assoiffée de soleil qui tire sur ses racines, il arrachera sa motte de terre vers le ciel !

Il aurait pu venir avec tout l’éclat de sa puissance et les splendeurs de sa gloire ?!… Faites-lui ce reproche, et vous l’entendrez vous répondre : « Mon ami, l’éclat de ma puissance, depuis que je l’ai voilée pour conquérir votre pauvre amour, je voudrais tellement que ce soit toi…, que ce soit vous mes frères et sœurs qui vous dites mes disciples ; l’éclat de ma puissance, dans le monde d’aujourd’hui, ce devrait être la splendeur communicative de votre cœur dont ma puissance désormais fait des ciboires pour compenser l’humilité de la mangeoire de mon premier Noël. Car la crèche n’était qu’un début : c’est votre cœur que je veux habiter. Je me suis dépouillé de ma gloire parce que la gloire à laquelle je tiens le plus, c’est votre joie de chrétiens qui devrait éclater à la face du monde et proclamer mon salut, comme une sonnerie de trompettes multicolores, à tous les hommes qui ne me connaissent pas encore. » Oui, chers frères et sœurs, il ne suffit pas de nous attendrir devant la douceur de Noël et dans la chaude ambiance familiale, il s’agit de continuer le message d’amour de Noël ; il faut que Noël et son salut ne soient pas d’un jour, mais de toujours !

Oui, Jésus est dans son misérable abri avec la fragilité d’un nouveau-né. Et pourtant avec Marie, avec Joseph et les bergers nous contemplons Celui qui vient changer la face de la terre, parce qu’il révèle l’amour de son Père. Cet enfant tient dans ses mains l’espérance des hommes et l’avenir du monde. Mais il nous demande à nous d’être les dispensateurs de ce salut et les prophètes de son espérance !

C’est vrai, personne n’est plus désarmé qu’un enfant, et pourtant, avec cet enfant-là, tout devient possible ! Là où il y a la haine, il vient nous apprendre à mettre l’amour… En ce monde parfois si triste, il vient faire éclater sa joie… Là où s’épaississent les ténèbres, il veut faire la grande trouée de sa Lumière ! Parce que cet enfant est Dieu, il fera désormais de chaque battement de son cœur, de chacune de ses respirations un acte d’amour pour son Père et pour notre salut. Et désormais, depuis ce soir de Noël, le monde fera infiniment plus plaisir à Dieu qu’il ne pourrait jamais le peiner, parce que, de notre pauvre terre montera vers Dieu, et pour l’éternité, l’amour irrésistible et la prière infinie de son propre Fils.

Archimède disait : « Donnez-moi un point d’appui et je vous soulèverai le monde ! » Eh bien le voici, ce « point d’appui », ce roc inébranlable sur lequel Dieu soulèvera le monde bien plus haut que n’aurait pu l’imaginer le vieux sage : cet enfant a la puissance de soulever le monde et de le déposer sur le cœur même de Dieu, et donc nous aussi avec lui !

Car la nuit de Noël n’est que la première des nuits plus lumineuses que le jour. Oui : il y aura la ténèbre du Vendredi-Saint, et la nuit de la mise au tombeau. Mais au matin de Pâques, il fera exploser les verrous de la mort et il pulvérisera la pierre du tombeau. Et l’étoile de Bethléem, l’étoile de Juda deviendra le soleil de l’Orient qui illuminera désormais le cœur de tous les hommes de bonne volonté et qui acceptent de devenir les artisans de cette paix qui nous est promise, mais qu’il a décidé de nous offrir au rythme patient de nos efforts à nous.

Alors, chrétiens de toutes conditions sociales, de toutes cultures et de tous âges, à nous maintenant : il n’y a pas de limite à l’appel qui nous est adressé ce soir. Comme aux ouvriers qu’il envoie à sa vigne : « Venez, nous dit-il, j’embauche, des premières heures du matin jusqu’aux dernières lueurs du soir ! Venez : il n’y a pas d’âge pour être les artisans de ma paix, parce qu’il n’y a pas d’âge pour aimer ! »

Alors oui, chers frères et sœurs, nous allons continuer Noël, nous allons vivre un Noël, non pas d’un jour mais de toujours ! Nous allons purifier notre cœur de tout ce qui, en nous, blesse encore l’amour. Nous allons partager plus généreusement la terre où nous vivons, nos biens matériels comme aussi nos dons spirituels dans une Europe qui se cherche encore une âme. Nous allons accueillir Jésus dans la pauvre auberge de notre cœur, et lui, un jour, nous recevra dans le palais de son amour.

C’est ce Noël de la paix, de l’amour, du partage, de la justice et de la tendresse de Dieu que je vous souhaite à tous et à tout ce soir ! C’est par-dessus tout ce joyeux et fulgurant Noël du salut éternel que nous implorerons les uns pour les autres durant cette eucharistie !

Amen !

Références bibliques : Is 9, 1-6 ; Ps 95 ; Tt 2, 11-14, Lc 2, 1-14

Référence des chants :

Texte de l'Homélie

Prédicateur : Genoud Bernard

Paroisse : Cathédrale Saint-Nicolas

Ville : Fribourg

Temps : Temps de Noël

Jour : Nuit de Noël


Texte de l'Homélie
Prédicateur : Genoud Bernard Paroisse : Cathédrale Saint-Nicolas Ville : Fribourg