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Dimanche 09 Septembre à 10h25

Documentaire

Rencontre oecuménique de Sibiu

Une émission proposée par Présence Protestante et Le Jour du Seigneur

Les thèmes abordés

Hyacinthe Destivelle

Un dialogue « dans la vérité et dans la clarté »

Si les dernières décennies furent marquées par un « œcuménisme des convergences », recherchant des points d’accord, la nécessité d’un dialogue doctrinal plus direct est revenue à plusieurs reprises au cours de la rencontre de Sibiu. Ainsi, le cardinal Kasper, évoquant le document publié récemment par la Congrégation pour la doctrine de la foi sur la notion d’Église (« Réponse à des questions concernant certains aspects de la doctrine sur l’Eglise »), n’a pas éludé les difficultés suscitées par ce texte dans sa déclaration : « Je sais qu’il a heurté beaucoup de personne », a-t-il affirmé, « à moi aussi, il a créé des problèmes ; car les blessures et les douleurs de mes amis sont aussi les miennes ». Mais cette apparente prise de distance n’a pas empêché le cardinal de défendre un œcuménisme franc. « Un œcuménisme douillet et un œcuménisme faux, consistant uniquement à être aimable les uns envers les autres, ne nous mènerait pas loin », a déclaré le responsable catholique de l’œcuménisme, car « le seul moyen d’avancer est le dialogue dans la vérité et la clarté ». C’est un « dialogue de vérité », auquel appelle aussi le pape Benoît XVI dans son message au rassemblement de Sibiu. La déclaration finale de la rencontre invite également à un « dialogue sincère et objectif » entre chrétiens.

Une purification de la mémoire

Un deuxième thème très présent dès le début du Rassemblement fut celui de la repentance et de la purification. Le patriarche Bartholomé de Constantinople, dans sa méditation du premier jour de la rencontre, appela les chrétiens au repentir. Le cardinal Kasper a invité à une « purification de la mémoire ». La plupart des enquêtes historiques montrant que, « dans la grande majorité des cas, la faute se trouve généralement des deux côtés », l’engagement œcuménique des Eglises réclame de leur part un travail sur leur histoire, une repentance des fautes passées, une disponibilité à la réforme : « il ne peut y avoir de progrès œcuménique sans conversion et sans repentance », a déclaré le cardinal théologien. L’œcuménisme est donc un travail interne à chaque Eglise autant qu’un dialogue avec les autres. Il exige « une disponibilité au renouveau à la réforme nécessaires dans chaque Eglise, pour lesquels chaque Eglise doit commencer par elle-même ».

De l’œcuménisme des consensus à l’œcuménisme comme « échange de dons »

Le rassemblement de Sibiu révèle très certainement un tournant, perceptible depuis quelques années, dans la conception de l’œcuménisme : un passage de l’ « œcuménisme des consensus » à l’œcuménisme comme « échange de dons ». La méthode utilisée jusqu’à présent, consistant à souligner les points de convergence, celle de l’œcuménisme des consensus, ayant « perdu de son efficacité », selon le cardinal Kasper, devrait être remplacée par un œcuménisme de l’« échange de dons » : « Nous pouvons apprendre les uns des autres ; au lieu de nous en tenir au plus petit commun dénominateur, nous pouvons nous enrichir mutuellement des trésors qui nous ont été donnés », a déclaré le cardinal. Par exemple, les catholiques ont appris des protestants le sens de la Parole de Dieu, des orthodoxes un sens plus vivant du mystère. Cet œcuménisme comme l’échange de dons ne peut se faire que par une meilleure connaissance réciproque. Mais « nous ne nous connaissons pas encore assez, et de ce fait nous ne nous aimons pas encore assez », a déploré le cardinal Kasper. La déclaration finale de la rencontre reprend, à plusieurs reprises, cette notion de l’œcuménisme comme « échange de dons », qui permet un dialogue des identités et non la fusions de celles-ci : « l’unité n’est pas l’uniformité ».

L’œcuménisme pratique, préalable à l’œcuménisme théologique

Le troisième Rassemblement Œcuménique Européen a également été marqué par le rappel de l’importance d’un témoignage commun des chrétiens d’Europe sur les grandes questions de société. Le métropolite Cyrille de Smolensk, président du département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou, a souligné, de ce point de vue, les limites d’un œcuménisme classique, essentiellement théologique et éloigné des préoccupations concrètes des fidèles. C’est sur les grandes questions de société que les chrétiens sont attendus et doivent donner des réponses communes : « La défense d’une éthique sociale commune et des valeurs chrétiennes dans l’Europe actuelle est aujourd’hui impossible si les chrétiens des principales confessions, malgré leurs divergences doctrinales, ne réunissent pas leurs efforts ».

Or, souligne le responsable des relations œcuméniques de l’Eglise russe, « La vieille notion d’‘œcuménisme’ ne convient plus tout à fait à cette nouvelle tâche ». C’est la solidarité des chrétiens pour la défense des valeurs chrétiennes dans la société laïque qui, selon le métropolite, permettra de « redonner une âme à l’Europe » : « Nous pensons que la solidarité chrétienne fondée sur l’éthique unique et immuable de l’Évangile et le témoignage commun des valeurs chrétiennes au monde sont peut-être la dernière chance pour les chrétiens de redonner une âme à l’Europe grâce aux efforts communs », a-t-il affirmé.

Cela ne signifie par pour autant une désertion du terrain théologique. Au contraire, la solidarité dans le témoignage des valeurs chrétiennes, la réflexion commune sur les questions de société, doivent recréer un climat de confiance permettant de mieux aborder les problèmes doctrinaux. Pour le métropolite Cyrille, le travail commun des chrétiens dans le domaine de la mission et de la prédication de l'Evangile pourrait redonner de la force au dialogue théologique et aux recherches de l'unité perdue. « Je suis convaincu que la solidarité face aux défis actuels communs insufflera une nouvelle force aux relations entre chrétiens en Europe, redonnera l’intérêt pour le dialogue théologique et les recherches de l’unité ordonnée par Dieu à ces communautés chrétiennes où cet intérêt s’était estompé », a déclaré celui qui a publié l’an dernier en français un ouvrage intitulé « L’Evangile et la liberté. Les valeurs de la Tradition dans la société laïque ».

Un discours qui faisait échos au message du pape Benoît XVI au Rassemblement Œcuménique, invitant les chrétiens à affronter ensemble « les problèmes sociaux de l’ère du relativisme aujourd’hui dominant », mais qui tranchait avec celui que prononça Mgr Wolfgang Hubert, président du Conseil de l’Eglise évangélique d’Allemagne, qui, contestant la notion même de sécularisation, en appelait plutôt à une inculturation du christianisme dans la société moderne.

La déclaration finale déclare que « la famille chrétienne doit chercher un large consensus sur les valeurs morales issues de l’Evangile et un style de vie crédible témoignant joyeusement de la lumière du Christ dans notre monde moderne séculier, en privé autant qu’en public ».

Sibiu et l'Europe

La question de l’identité européenne fut également au cœur des réflexions du troisième Rassemblement Œcuménique Européen. « On ne peut contester les racines chrétiennes de l’Europe que si on ferme les yeux », a déclaré le cardinal Kasper. Pourtant, « nos divisions sont en partie responsables des divisions en Europe et de la sécularisation de notre continent ».
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a rappelé que « la Commission européenne a toujours été attentive à l'engagement des Églises chrétiennes, et notamment de la Conférence des Églises Européennes, qui, depuis les débuts, ont accompagné et encouragé la grande aventure de la construction européenne ». Reconnaissant « la contribution des Eglises au processus d’unification européenne », il a estimé qu’elle est « encore plus pertinente lorsqu’elle s’inscrit dans un esprit œcuménique ».

Eludant la délicate question des « racines chrétiennes » de l’Europe, J. M. Barroso a cependant déclaré que le futur traité modificatif « reconnaît expressément » « la contribution spécifique des Eglises et des communautés religieuses » et émaillé son propos de références chrétiennes, comme celle des « deux poumons » de l’Europe, selon la formule chère au pape Jean-Paul II, ou de la « diversité réconciliée », chère au Mouvement œcuménique.

Mais les racines de l’Europe, « ce sont les valeurs européennes », la « culture humaniste », un esprit européen défini par Paul Valéry comme « le résultat d’un triple héritage, s’exprimant dans la triade ‘Athènes, Rome et Jérusalem’, c'est-à-dire la philosophie, le droit et la religion, la triade de la raison, de la loi et de la morale, qui a été à l’origine de ce que nous appelons la civilisation européenne ». Le christianisme a été pour l’Europe non pas tant pourvoyeur de valeur qu’« une force unificatrice qui a permis d’intégrer les multiples apports des peuples celtes, germaniques, et slaves, entre autres, ainsi que la contribution appréciable de la culture islamique ». L’Europe d’aujourd’hui, d’ailleurs, « est, et sera de plus en plus, un continent multiethnique, multiculturel et multireligieux ».

Hyacinthe Destivelle

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