"Transmettre l'héritage de Jean-Paul II et du Concile Vatican II"

2005-2008 : bilan du pape Benoît XVI


Le 16 avril, Benoît XVI a fêté ses 81 ans lors de son voyage aux Etats-Unis. Le 19 avril, marquait l’anniversaire de son élection. Jean-Marie Guénois* revient sur les moments forts des trois premières années du pontificat de Benoît XVI.

Le Jour du Seigneur - Benoît XVI a été présenté comme un pape de transition. Comment a-t-il géré, jusqu’ici, l’héritage de Jean-Paul II ?

Jean-Marie Guénois : Ce n’est pas évident de succéder à ce pape immense, tant sur le plan géopolitique qu’ecclésial. Benoît XVI, qui a une santé fragile et un temps limité, s’emploie à resserrer l’héritage de Jean-Paul II sur des objectifs très particuliers, dont celui de la liturgie, et d’autres dossiers essentiels comme celui du dialogue interreligieux. Il se conçoit comme un héritier de Jean-Paul II, chargé de transmettre cet héritage, qui est aussi l’héritage du concile Vatican II. Benoît XVI s’inscrit autant dans le premier que dans le deuxième. En 2006, le Souverain Pontife évoquait deux façons d’interpréter le concile Vatican II : d’une part la rupture ; d’autre part la continuité et la tradition. En s’inscrivant dans une lecture séculaire de l’église, Benoît XVI veut réconcilier l’église avec elle même. Donc le vrai héritage qu’il gère, c’est celui de Vatican II.

L’une des décisions fortes de Benoît XVI a été de ré-autoriser le rite selon saint Pie V ? Est-ce un acte isolé, ou le début d’un retour du traditionalisme ?

Sur un plan liturgique et ecclésiologique, Benoît XVI a voulu, par cette décision, redonner de la transcendance à la liturgie, qui perdait en sens du divin. Le retour en grâce du rite selon saint Pie V, c’est un retour à la beauté, pas un retour en arrière. Le pape a bien senti que les nouvelles générations sont sensibles aux signes liturgiques. En redonnant à la messe de Vatican sa saveur mystique, il va dans le sens de l’histoire. On pourrait presque voir dans cette décision une intuition postmoderne, prophétique. La liturgie n’est pas seulement une œuvre mentale et rationnelle.

Benoît XVI au Yankee Stadium

Benoît XVI est un pape de l'Intérieur

Autre dossier important, le dialogue interreligieux, illustré récemment avec la visite du pape dans une synagogue de New-York…
Le dialogue interreligieux est le point le plus difficile du pontificat de Benoît XVI. Sa conception obéit au principe suivant : le dialogue est souhaitable, mais il est assorti d’une limite importante : la théologie. C’est-à-dire qu’il n’envisage pas un dialogue qui conduirait à une sorte de syncrétisme, où les religions se retrouveraient. Benoît XVI veut d’abord affirmer que l’église catholique pense ce qu’elle pense, ce qui pose d’énormes problèmes. Nous sommes actuellement dans une zone de turbulences. Toutefois, je ne crois que ce soit dramatique pour l’avenir. Le temps est à la réaffirmation de sa foi. B16 ne sera pas un pape du dialogue, mais il d’abord été élu pour être un pape de l’intérieur de l’Eglise. Les cardinaux attendent de Lui qu’il gère en priorité les problèmes internes de l’Eglise.

* : Jean-Marie Guénois est rédacteur en chef du service Religion au quotidien La Croix

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