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Vendredi 14 Décembre à 17h38

Retraite vers la paix 2

Deuxième semaine



Le Père Jean Guellerin, prédicateur de la retraite, nous donne à lire son homélie :

Le cri de Jean-Baptiste est un cri de colère en direction des pharisiens et des sadducéens qui devraient témoigner de l’amour de Dieu au sein de leur peuple. Jean leur reproche de ne pas réellement se convertir pour accueillir le Sauveur promis. Leur geste de conversion au baptême de Jean dans les eaux du Jourdain n’est qu’une conversion de façade et elle ne produit aucun fruit. Il ne suffit pas de se présenter comme les enfants d’Abraham pour paraître juste devant Dieu. Le cri de Jean-Baptiste est l’écho de tous les cris des petits et des pauvres qui vivaient au temps de Jésus et qui espéraient la tendresse de Dieu. Ils ne trouvent pas chez les pharisiens et les sadducéens le visage du Dieu Amour.

Ce cri de Jean-Baptiste évoque pour nous aujourd’hui bien des cris de nos contemporains. Cri du chômeur qui a le sentiment au fil des mois de n’être plus rien ; cri de la maman qui peine à élever seule ses enfants ; cris des habitants de la bande de Gaza prisonniers sur leur terre; cris du fond de la Mauritanie ; cris des réfugiés politiques obligés de fuir pour sauver leur vie… Il arrive parfois que les cris se transforment en gémissements voire même en silences quand la vie devient trop cruelle : « sans domicile » couchés dans les halls de gare ou dans le métro parisien, files d’attente devant les « restos du cœur »…

Le prophète d’hier et d’aujourd’hui a pour mission de relayer ces cris pour faire apparaître l’indignation devant les situations intolérables. C’est le cri de l’homme solidaire de ses frères en détresse, mais aussi le cri de Dieu pris de pitié pour son peuple, pour les foules abandonnées et sans pasteur. Le cri du prophète appelle toujours à la conversion du peuple des croyants.

Jean-Baptiste parlait de la colère de Dieu. Jésus, au contraire, agit autrement. Il ne condamne personne. Devant des hommes et des femmes pécheurs, il commence toujours par un regard qui exprime l’amour. Le pécheur qui se sent aimé et respecté devient capable de conversion car il n’est pas jugé. L’amour de Dieu, s’il est accueilli, peut totalement bouleverser la vie du pécheur quelle que soit son histoire. C’est en cela que le témoignage de Jésus est radicalement nouveau, mais il n’en est pas moins exigence de conversion.

Le texte du prophète Isaïe (1ère lecture) nous décrit un monde de rêve. Il fait penser au Royaume de Dieu où l’humanité vivra en harmonie avec son Créateur. En fait il ne s’agit pas d’un rêve irréalisable, mais d’un rappel de la justice de Dieu. « Il ne jugera pas d’après les apparences, il ne tranchera pas d’après ce qu’il entend dire, il jugera les petits avec justice, il tranchera avec droiture en faveur des pauvres du pays. »…. Mais « le souffle de ses lèvres fera mourir le méchant… » Le regard d’amour de Jésus ne dispense pas de l’action solidaire en direction des petits et des pauvres, il l’encourage en s’adressant à tout homme par ce qu’il a de bon et de meilleur en lui : sa capacité d’aimer.

« Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est là ! »… Se convertir, une expression qui n’a pas bonne réputation. Il va falloir encore faire des efforts, que c’est fatiguant, pensons-nous parfois sans oser le dire ! En fait, si la conversion nous dérange c’est que nous nous trompons d’objectif. Il s’agit moins de penser à nos propres faiblesses et aux efforts à entreprendre que de s’en remettre avec confiance à Celui qui nous aime par-dessus tout. La conversion est un chemin de disponibilité qui nous permet d’entendre le cri de notre Père qui appelle chacun, chacune à venir vers lui, à faire demi-tour, à tourner le dos à tout esprit de violence et de péché.

« Le Royaume des cieux est là ! »… « tout proche »… C’est le Christ qui nous y introduit. Proche de ses contemporains, il reste proche de nous par le don de l’eucharistie : « Prenez et mangez, c’est mon corps ; prenez et buvez c’est mon sang »…

Pour nous, participer au Royaume des cieux déjà là, c’est s’engager à la suite du Christ comme acteur de paix, médiateur dans les conflits quand cela est possible. C’est entendre les cris des hommes ou leurs gémissements pour dire à la suite de Dieu : « J’ai vu la misère de mon peuple et je suis résolu à le délivrer. » Pour cela, demandons à l’Esprit Saint d’envahir notre cœur, qu’il nous aide à nous laisser saisir par le Christ : le Prince de la paix.

Retrouvez un témoignage de vie du Père Guellerin, en lien direct avec cette homélie

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