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21/03/2004, 4 C. C

4ème dimanche de Carême de l'année C

Homélie de la messe célébrée à Saint-Priest, dans le Rhône

« Jésus vit, sur son passage, un homme qui était aveugle de naissance. »

Chers catéchumènes, Jésus vous a vus, vous aussi, et vous étiez aveugles de naissance. Peut-être, comme le firent les disciples de Jésus, vous demandez-vous pourquoi. Oui, pourquoi êtes-vous restés aveugles si longtemps alors que beaucoup, autour de vous, ont reçu la lumière du baptême dès le berceau ?
 Jésus vous répond. Il vous dit : « l'action de Dieu devait se manifester en vous ». Et voici que soudain vos années d'aveuglement sont exorcisées. Ces années de nuit, sans que vous le sachiez alors, étaient déjà une mission. Dieu vous avait mis à part afin qu'aujourd'hui, devant nous et devant le monde entier, vous puissiez manifester son action et donc sa gloire.

Pourtant, comme on peut se tromper sur ce mystère de l'action de Dieu !
 Il est des chrétiens qui n'ont jamais connu du christianisme que les mots et les noms. Ce que, en toute sincérité, ils appellent la foi n'est que la religion païenne de toujours saupoudrée de tout le vocabulaire chrétien. Et c'est précisément sur le lien entre action de Dieu et action de l'hommes que survient l'erreur. Pour ce christianisme-là, l'homme est capable d'action, bien sûr, mais dans cette action de l'homme, Dieu n'a pas à intervenir, c'est clair. Ce n'est que lorsque l'action de l'homme rencontre ses limites que l'on recourt à la divinité. Et dans ce cas, Dieu n'a qu'à bien se tenir, car, s'il n'obéit pas à nos prières, alors il ne sera plus notre Dieu. Dieu et l'homme sont ainsi placés en concurrence, en compétition. Plus le domaine de l'action de l'homme s'agrandit, plus le domaine de Dieu se rétrécit. Au bout du compte, l'homme n'a plus besoin de Dieu : Dieu est mort.
 Beaucoup de chrétiens, parce qu'ils n'ont jamais connu que ce christianisme-là, décident d'abandonner la religion. Il est des agnosticismes, des athéismes, qui sont une véritable promotion spirituelle.

L'Évangile, lui, ne met jamais Dieu et l'homme en concurrence, il les révèle en communion. C'est tout le mystère de Jésus Christ vrai Dieu et vrai homme dans l'unité singulière de celui que l'on appelait le fils de Marie et de Joseph et qui était, en même temps, le Fils même de Dieu.
 Regardez votre propre itinéraire. Bien sûr c'est l'action de Dieu qui vous a ouvert les yeux. Mais il n'aurait pas pu le faire si vous ne vous étiez placés sur son passage, si vous n'alliez pas, bientôt, vous laver à la piscine de Siloë que sont les fonds baptismaux.
 Vous célébrerez, sans tarder, l'eucharistie. Par l'eucharistie, la symbiose entre notre vie et la vie de Dieu se renouvelle puisque nous devenons le corps du Christ, l'incarnation de Dieu pour notre temps. Comment voulez-vous que notre action, même la plus profane apparemment, puisse échapper à l'action de Dieu que nous sommes devenus. Dieu se sert de notre action pour développer sa création. Et lorsque les limites de notre action humaine nous éclateront au visage et que nous aurons l'impression que Dieu nous a abandonnés, comment voulez-vous que nous sombrions dans la déception ou le désespoir. Nous serons le Christ en croix et nous lui permettrons de redire, par nos lèvres : je remets tout entre tes mains.
 En effet, avec Jésus nous affronterons, nous aussi, celui que l'Évangile nomme le diabolos, le diviseur, le menteur ou encore l'ennemi de la nature humaine.
 Puisque le scrutin de ce jour comporte ce que nous appelons l'exorcisme, je voudrais vous dire un mot sur le Tentateur qui attaqua Jésus au désert et, trois ans plus tard, le terrassa, pour un temps, sur la croix.

Nous voyons tellement la souffrance des hommes. Cette souffrance peut, hélas, être souvent attribuée à la machanceté ou à l'égoïsme d'autres hommes. Mais existent aussi des malheures dont aucun homme ne peut être accusé. Honnêtement, si le mystère du diable, de celui qui fait sans cesse obstacle à l'action de Dieu et qui donc peut anéantir l'oeuvre des hommes, si ce mystère n'existait pas, alors nous serions contraints d'imputer à Dieu toute cette iniquité et, dès lors, de lui retirer notre foi.

Si vous demandez le baptême, c'est que vous croyez que Jésus-Christ a vaincu Satan comme il a terrassé toute mort.

Prédicateur :
Père Louis Sintas
Paroisse :
église Notre-Dame-de-la-Paix
Ville :
Saint-Priest (69)
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