Imprimer les textes

02/01/2005, Epiphanie

Homélie de la messe à Lisbonne (Portugal) avec la communauté de Taizé.

Messe à Lisbonne

"Jésus Christ, le secret de Dieu"

Nous terminons la Rencontre Européenne des Jeunes, organisée à Lisbonne par la Communauté de Taizé, nouvelle étape d’un long pèlerinage de confiance sur la terre, avec la célébration de la fête de l’Épiphanie. Le mot épiphanie signifie manifestation. Saint Paul, dans la Lettre aux Éphésiens, nous donne le sens de cette manifestation : Jésus Christ garde un secret. Il est le secret de Dieu, où habite son dessein amoureux sur tous les hommes. La manifestation de ce secret est une révélation, c’est un don gratuit de Dieu, offert par l’Esprit Saint à tous ceux qui croient au Christ et le suivent comme des disciples. Dans cette manifestation nous connaîtrons, toujours mieux, Jésus Christ en tant que secret de Dieu, nous entrerons dans cet insondable dessein d’amour de Dieu envers nous, nous découvrirons le sens nouveau de notre vie, de notre liberté et de notre responsabilité. En Jésus Christ habite, pour nous, le sens le plus profond de notre vie et du destin de l’humanité. Ce secret est révélé à tous ceux qui croient en Lui – le secret de la vie – et ceux-là peuvent le manifester aux autres, par le témoignage de la joie et de l’espérance.

Saint Paul nous révèle, du moins, un aspect de ce qu’il a compris de cette manifestation du secret de Dieu sur l’humanité, manifesté en Jésus Christ : l’universalité du Salut. Dieu aime tous les hommes ; Jésus Christ, son Fils né homme, est une manifestation de son amour envers tous les hommes. Les promesses les envisageaient tous ; tous sont appelés à participer du même héritage, autrement dit, la plénitude de la vie, et ils en prendront conscience par l’annonce de l’Évangile qui surgit avec la surprise d’une bonne nouvelle.

Cette universalité de Jésus Christ est annoncée par le prophète Isaïe quand il imagine tous les peuples en convergeant vers la nouvelle Jérusalem, la ville parfaite, illuminée et transformée par la lumière du Messie : « Regarde autour de toi et vois : tous se rassemblent et viennent à ta rencontre ; tes enfants vont arriver de loin et tes filles sont portées dans les bras». La ville de Jérusalem est le symbole de la nouvelle humanité recréée par l’incarnation du Verbe de Dieu et nous ouvre sur une dimension pérenne et toujours actuelle de la manifestation de Jésus Christ : il transforme la cité des hommes. «Les nations chemineront à ta lumière, et les rois au splendeur de ton aurore.» Cette transformation est lente, c’est une transformation dont il est déjà possible de capter des « signes » dans la complexe réalité de l’histoire contemporaine. Sa force créatrice est l’Esprit de Jésus ; ses ouvriers sont les chrétiens, dont le cœur a été transformé par la grâce de Jésus Christ. Est annoncée l’importance des « saints » dans la ville. Ils impriment, dans la construction de l’histoire, la force transformante de l’amour, l’énergie mobilisatrice d’un idéal, la générosité dans la lutte pour la justice et dans la construction de la paix. La concentration de milliers de jeunes, venus de tant de pays de la terre, annonce un « futur » de paix et révèle un nouveau visage de la cité des hommes.

Mais la fête de l’Épiphanie nous conduit au récit évangélique de la visite de « mages venus d’orient » à la recherche de Jésus. Il s’agit de figures assez énigmatiques, nous invitant à centrer nos cœurs dans leur signification symbolique, valable pour tous les temps.

Ils suivent une étoile. « Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » Ce n’est pas normal de suivre une étoile et de se mettre en route à la recherche de la manifestation de Dieu. Ils se sont révélés capables de lire les signes. Ils représentent bien tous ceux qui, au plus profond d’eux-mêmes, sentent l’attraction de l’absolu : le désir de la profondeur, l’attraction du beau, la recherche de l’amour, le désir de la justice et de la fraternité. Il s’agit de sentiments qui peuvent être des signes de la soif et de la recherche de Dieu. Qu’ils puissent tous discerner ces signes et se mettre en route, à la recherche de l’absolu de Dieu. Comme les Mages, ils pourront le reconnaître en Jésus Christ, et, comme eux, tomber à genoux et se prosterner devant lui.

Ils offrent des présents. Tout ce qu’on peut offrir à Jésus, représente notre vie, notre personne. Le Seigneur n’attend pas de nous des cadeaux matériels ; il nous veut, nous ; notre vie, nos projets, notre liberté sont les dons qui lui plaisent et qu’il attend. L’or, symbolise nos richesses, tout ce que nous possédons de précieux, voire, notre désir de possession. Il proclamera dans l’Évangile des Béatitudes : « Heureux ceux qui ont un cœur de pauvre ». Tout cela se transformera dans le parfum de l’encens, qui glorifie le Seigneur et remplit nos cœurs du parfum suave de la joie et de la paix. Mais devant le Seigneur, nous ne pouvons pas oublier notre fragilité et nos misères. Nos péchés, nos doutes, nos infidélités, nos impuissances, notre mort sont offerts au Seigneur, symbolisés dans la myrrhe portée par les Mages. Cette reconnaissance de nos faiblesses devant le Seigneur, ouvrira nos cœurs au don de la joie et de la paix.

«Ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.» Parcourir de nouveaux chemins pour atteindre le bonheur est le grand défi et la nouvelle chance présentés par Jésus Christ. Ces nouveaux chemins sont ceux par où nous conduit l’Esprit Saint ; les identifier c’est répondre à notre vocation ; les parcourir c’est trouver le chemin de la fidélité. Ce pèlerinage de la confiance est, sans aucun doute, pour nous tous, un nouveau chemin pour arriver chez soi, c’est-à-dire, à la Vie.

Paroisse :
Jéronimos
Ville :
Portugal (Lisbonne)

Prédicateur :




Ses homélies :
Nous avons besoin de vous !