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03/06/2007, Solennité de la Sainte-Trinité

Homélie de la messe du 3 juin

Solennité de la Sainte-Trinité

Nous avons bien de la chance de vivre en 2007 ! Imaginons un instant que nous soyons les contemporains de Jésus ; nous l’aurions entendu déclarer : « J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter. Quand il viendra, Lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière ».
Cette phrase là, je ne sais pas vraiment bien comment la comprendre. Est-ce que Jésus, peu de temps avant sa mort sur la croix, percevait qu’il n’avait pas tout dit ou bien que ses disciples n’étaient pas très réceptifs ? Les deux aspects jouent sans doute, mais cette phrase a dû laisser ses auditeurs en peu en suspend : il reste beaucoup à faire…Seulement voilà, nous, nous ne vivons pas au temps de Jésus ! Nous sommes en 2007 ! Nous sommes dans le temps de l’Église. Alors cela change quoi ?

Ce qui change, c’est qu’il est question de l’Esprit : cet Esprit doit agir comme un guide, et c’est un « Esprit de vérité ». Ah ! La vérité, cela me fait penser à ce dialogue entre Jésus et Pilate qui va le livrer à la mort : « Qu’est-ce que la vérité ? » interroge Pilate. Cet homme est dans l’attitude qui est la nôtre, vous savez, lorsque nous disons « nous ne pouvons rien prouver, tout se vaut, nous pouvons justifier tout et le contraire à force de raisonnement ». Nous pataugeons alors dans le marécage du relativisme, de la dérision, du cynisme.

Mais voici autre chose : Dans les beaux dialogues de l’Évangile, Jésus n’a pas rencontré que Pilate. Il a aussi parlé avec un dénommé Nicodème. Souvenez-vous : Nicodème est un sage d’un certain âge qui vient trouver Jésus de nuit. Il cherche à comprendre. Lui, le vieux bardé de savoir, est poussé par Jésus à reconnaître qu’à tout âge il est possible de renaître. Bien sûr il ne s’agit pas de rentrer dans le ventre de sa mère ! Il s’agit par-delà toutes les connaissances déjà acquises, de renaître de l’eau et de l’Esprit. C’est au moment de cette rencontre que surgit cette si belle phrase : « le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit ».

Pilate et Nicodème, deux rencontres et deux conceptions de la vérité. D’un côté la vérité-savoir, de l’autre la vérité-liberté. D’un côté on pense que la vérité est à détenir ou bien à perdre. D’un autre côté, d’une manière tout à fait différente, on pense que la vérité est à dévoiler peu à peu et qui plus est qu’elle est constamment en dévoilement. Ecoutez à nouveau Jésus : « quand viendra l’Esprit de Vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. Il redira tout ce qu’il a entendu, et ce qui va venir il vous le fera connaître ».
La vérité tout entière, tu ne la détiens pas, tu ne la possèdes pas, c’est elle qui vient à toi, si tu acceptes de renaître. L’Esprit, c’est le déploiement de Dieu dans nos existences, parce qu’il redit ce qu’il a entendu : il te rappelle les paroles de Jésus, les paroles de vie. L’Esprit, c’est le déploiement de Dieu dans nos existences parce que, ce qui va venir, il te le fait connaître : cela ne signifie pas qu’il te permet de lire l’avenir dans le marc de café, cela signifie que l’Esprit t’aide à relier les évolutions de ce monde qui bouge et le désir de Dieu. Il t’aide à avancer dans le mystère de Dieu et dans le mystère de l’homme en veillant au désir de Dieu, à l’amour de Dieu !

Comme c’est beau d’entendre un vieux croyant livrant l’histoire, l’itinéraire de sa foi ! Pas la même à 15 ans, à 40 ans et à 70 ans. De nouvelles facettes de Dieu lui apparaissent. De nouvelles compréhensions de la place à tenir dans le monde afin d’être témoin de l’amour et du pardon. La foi en Dieu n’est pas un système ou une philosophie, elle est belle comme un mystère. Et ce mystère n’est pas un mur contre lequel on vient butter en rageant de ne pas comprendre, c’est une randonnée où avancer pas à pas, de commencement en commencement, d’émerveillement en émerveillement.

Souvenez-vous de la phrase lue en introduction de notre page d’Évangile : « Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, au Dieu qui est, qui était et qui vient ! ». Dieu n’est pas un savoir détenu, il est révélation progressive, il est déploiement, dans toute notre vie, il « court devant » notre Dieu !

Vous comme moi, nous exprimons cela par un geste et par une parole. Hélas, ce geste et cette parole sont parfois exécutés (c’est le cas de le dire !) sans attention réelle, comme ces vagues « bonjour » esquissé dans l’ascenseur avec une inclinaison de la tête, en regardant ailleurs, en pensant ailleurs.
Pourtant ce geste et cette parole sont si beaux ! Vous l’avez compris : il s’agit du signe de la croix que nous traçons sur notre propre corps afin d’exprimer que tout ce corps qui est notre relation au monde est habité par Dieu. Au nom du Père : je crois au Créateur de la vie et je désire être créateur avec lui. Au nom du Fils : je crois que la foi est un jeu de société : elle ne se vit qu’en relation avec les autres et je désire apprendre à les regarder comme des frères. Au nom du Saint-Esprit : je crois que Dieu me donne le souffle pour désirer des relations vraies et vivantes.
Je nous invite maintenant à marquer nos corps du signe de notre espérance : au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Prédicateur :
Père Alexis Bacquet
Références bibliques :
Pr 8, 22-31 ; Rm 5, 1-5 ; Jn 16, 12-15
Paroisse :
Notre-Dame-de-la-Croix
Ville :
Paris
Nous avons besoin de vous !