Il y a une dimension de la famille que l'on oublie facilement : l'éducation que celle-ci apporte au partage et à la simplicité.
Certaines mouvances politiques, insistent dans leur message sur le partage, la solidarité. Mais celles-ci se basent sur une vision assez étatique. Le partage et la solidarité sont - dirait-on - imposées. On ne fait pas confiance à l'individu lorsqu'il s'agit de partager, de donner une partie de soi.
Et pour cause. Nous vivons dans un monde où nous sommes éduqués à rechercher notre confort personnel, dès le plus jeune âge. Le modèle familial qu'on nous propose depuis les années 70 (deux parents, deux enfants... et un chien...), est avant tout basé sur une certaine conception du bien-être matériel, qui exclue l'idée d'une certaine frustration liée à la cohabitation avec une fratrie.
Il y a un lien assez fort entre l'apprentissage du partage dès le plus jeune âge et la capacité par la suite à s'investir dans des activités d'aide aux plus nécessiteux. Dans une famille nombreuse, les enfants ont - du fait de certaines contraintes économiques - l'habitude de partager avec leurs frères les biens qu'ils reçoivent de leurs parents : ils apprennent progressivement aussi le détachement.
Ainsi, les plus jeunes qui reçoivent des plus grands les biens (jouets, vêtements, livres...) qu'ils leur transmettent, s'exercent à ne pas s'attacher trop à ce qu'ils reçoivent, puisque eux même les reçoivent d'un autre. Je me souviens ainsi (3e enfant d'une famille de 4), d'avoir reçu une bonne partie de mes vêtements de mon frère aîné qui les avait portés quelques années avant moi.
Certes, vécu de manière trop rigide, cela peut entraîner des rejets, voire un sentiment d'injustice (pourquoi les aînés ont-ils toujours les vêtements neufs ?). Cela suppose donc une certaine délicatesse des parents, qui peuvent satisfaire certains désirs des petits. Mais au final, si cela est bien vécu, les personnes qui sortent de cette école de vie, sont beaucoup plus enclins à partager, à se donner, à s'oublier eux-mêmes.
Il ne s'agit pas d'éduquer au partage et à la simplicité par principe, mais plutôt à éduquer à un détachement qui procure un bonheur que l'on ne retrouve nulle part ailleurs : n'avez vous jamais vu ces familles d'une pauvreté incroyable ? Elles sont pourtant très heureuses et acceptent malgré la pauvreté d'offrir à leur hôte jusqu'à leur nécessaire. Certains participants de Pékin Express en furent les bénéficiaires émus. La générosité s'apprend, et elle s'apprend d'autant mieux que cet apprentissage commence d'autant plus tôt...
Bien mieux, le fait de vivre le détachement et le partage n'est pas inutile dans un contexte de crise économique et une nécessité de réduire notre consommation, lié à un contexte écologique de plus en plus complexe : la passage à une culture de "sobriété" sera beaucoup plus simple pour une personne ayant vécu dans une famille nombreuse, que pour toute autre personne habituée dès son plus jeune âge au confort matériel.


