A 9 heures nous avons rendez-vous chez Mousa, 50 ans bien tassés, cheffe d’une famille manouche de 10 enfants, et 40 petits enfants, qui ont comme chaque année garés leurs caravanes sur un terrain à la sortie de la ville, à côté de la déchetterie. La famille de Mousa vit toute l’année non loin d’Oradour-sur-Glane, un petit village martyr de la deuxième guerre mondiale, à proximité de Limoges.
Mousa est catholique. Baptisée elle a choisi le nom d’Elise. Mais elle préfère qu’on l’appelle de son nom manouche. Une grande croix autour du cou, elle suit chacune des messes et des veillées qui précèdent le pèlerinage. Ses nombreux garçons nous parlent de leur voyage jusqu’aux Saintes Maries. « On aurait pu mettre une journée depuis Limoges, mais on a voulu prendre notre temps. On a eu un problème avec le moteur. Et dès qu’on s’est arrêté sur la route pour réparer, les gendarmes nous ont demandé de déguerpir, ils croyaient qu’on allait s’installer… »
Les petits enfants de Mousa sont tous scolarisés. Leurs pères nous racontent qu’à l’époque, quand ils allaient à l’école, on les appelait les « pouilleux ». « La maitresse nous mettait au fond de la classe et nous disait de faire un dessin, pendant que les autres enfants apprenaient l’histoire et la géographie ». On n’a pas osé demander si la nouvelle génération était traitée de la même façon.
Malgré l’ostracisme, les quolibets, les conditions de vie, la famille de Mousa n’a pas envie de se victimiser. « C’est vrai qu’on est mal vus, mais c’est vrai aussi que beaucoup de gitans font des conneries. D’un autre coté certains pensent qu’on est toujours heureux, parce qu’on vit au grand air, mais l’hiver, par -17°, quand le groupe électrogène est en panne... »
Mousa fabrique des paniers, et les vend çà et là. Ses garçons sont tous ferronniers, mécaniciens ou récupérateurs. Les fins de mois qu’on imagine pas toujours faciles à boucler, ne les empêche pas de nous inviter à déjeuner. Un festin de sardines et de macros grillés, un cubis de vin rouge qui tache, un fromage bien passé.
Le soleil, les gamins qui rigolent. On est aux Saintes Maries de la Mer.
PS : toutes les images et le JT sont à retrouver sur notre page spéciale Saintes-Maries-de-la-Mer.


