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Timothy Radcliffe
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Méditations de Timothy Radcliffe

Chaque jour, laissez-vous guider par les méditations du frère Timothy sur les sept dernières paroles du Christ en croix. Un cheminement spirituel profondément ancré dans la Tradition que le frère Timothy aborde avec beaucoup d’humanité.

 

Retrouvez l’intégralité de ces textes dans l’ ouvrage publié aux éditions du Cerf .

 
 

« Père, en tes mains, je remets mon esprit » (Lc 23, 46)

 

 

Samedi Saint

Quand Jésus est mort, le soleil et la lune se sont assombris ; les tombeaux se sont ouverts et les morts en sont sortis. C’est la fin dont parlent les prophètes. Le pire est déjà arrivé. Le monde s’est écroulé. Et puis il y eut le dimanche de Pâques.

 

 

Vendredi Saint

« C’est déjà environ la sixième heure quand, le soleil s’éclipsant, l’obscurité se fait sur la terre entière jusqu’à la neuvième heure. Le voile du Sanctuaire se déchira par le milieu et, jetant un grand cri, Jésus dit : « Père, en tes mains, je remets mon esprit » . ». Il rend tout à son père. Il nous confie tous, avec nos craintes et nos espoirs, aux mains de Dieu. C’est l’acte de confiance suprême.

 

Jeudi Saint

Nous vivons une époque de profonde inquiétude. Nous craignons les maladies et les épidémies, nous avons peur pour nos enfants, nous avons peur de l’avenir, de l’échec, de la mort. Mais nous n’avons rien à craindre. Jésus nous a confié au Père.

 

Mercredi Saint

Jésus nous invite à ne plus avoir peur. Tout ce qui nous fait peur lui est arrivé le vendredi saint, le jour où le vieux monde a pris fin et où un monde nouveau a commencé.

 

Mardi Saint

Nous sommes faits pour nous reposer en Dieu et pour que Dieu se repose en nous. Ce repos n’est pas une absence d’activité, c’est un retour à la maison : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui » (Jn 14,23)

 

Lundi Saint

« En qui trouverai-je le repos, sinon en celui qui est humble et silencieux, celui qui tremble à ma parole ? » (Is 66,2). Grâces soient donc rendues à notre Dieu qui a accompli son œuvre de telle sorte qu’il puisse s’y reposer.

 

Dimanche des Rameaux

Saint Ambroise : « Le sixième jour est achevé, et la totalité de l’œuvre du monde est parvenue à son terme […] Dieu se repose au plus profond de l’homme, il se repose dans son esprit et dans son dessein. Car il a fait l’homme capable de raison, il l’a fait son imitateur, en quête de la vertu, avide de la grâce céleste. En tout cela, Dieu trouve son repos, lui qui dit : « En qui trouverai-je le repos, sinon en celui qui est humble et silencieux, celui qui tremble à ma parole ? » (Is 66,2). Grâces soient donc rendues à notre Dieu qui a accompli son œuvre de telle sorte qu’il puisse s’y reposer. Il a fait la terre, mais je ne lis pas qu’il se soit reposé ; il a fait le soleil, la lune et les étoiles, mais je ne lis pas ici qu’il se soit reposé ; mais je lis qu’il a fait l’homme, et alors, il s’est reposé, ayant quelqu’un à qui pardonner. Ou peut-être apparaissait alors déjà le mystère de la Passion encore à venir du Seigneur, où se révélait que le Christ se reposerait en l’homme, lui qui anticipait ce repos de la mort pour la rédemption des hommes, comme il l’a dit lui-même : « je dors, je me repose et je me relève ; car Dieu me soutient » (ps 3,6). En effet, il s’est reposé, celui qui a tout fait. A lui honneur et gloire à jamais, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Gloire à jamais. Amen. »

 

 

« C’est achevé » (Jn 19, 30)

 

 

Samedi 27 mars

« Un vase était là, rempli de vinaigre. On mit autour d’une branche d’hysope une éponge imbibée de vinaigre et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « C’est achevé » et il rendit l’esprit.

 

Vendredi 26 mars

La perfection de l’amour s’exprime dans le « J’ai soif ». La plénitude de l’amour, c’est lorsque Jésus nous demande quelque chose et l’accepte avec reconnaissance. Maintenant son amour est « accompli ».

 

Jeudi 25 mars (Annonciation du Seigneur)

Si nous ouvrons les yeux, nous verrons que l’amour est partout. Ce n’est peut-être pas un amour héroïque, ou romantique, ceux qui s’aiment ne sont peut-être pas très beaux, leur amour est peut-être malhabile, incapable de s’exprimer, Mais là où il se trouve, Dieu est présent.

 

Mercredi 24 mars

Si nous acceptons d’aimer un autre comme il est, sans récriminations ni reproches, l’amour parfait de Dieu viendra en nous.

 

Mardi 23 mars

Saint Augustin écrit : « Vous avez commencé à aimer ? Alors Dieu a commencé à résider en vous ».

 

Lundi 22 mars

L’amour parfait est possible et nous le voyons sur la croix. Si nous commençons à aimer, alors l’amour parfait de Dieu peut venir résider dans notre amour fragile et insuffisant.

 

Cinquième dimanche de Carême

« C’est achevé ». Ces mots de Jésus nous invitent à continuer à rechercher la perfection de l’amour. Nous arriverons à cette plénitude au terme et à la fin. En fait, chacune de ces paroles de Jésus est une étape dans l’approfondissement de la façon dont il exprime son amour pour nous : « Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » ; là, Jésus ne s’adresse pas à nous, il parle à son Père. « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis » : c’est un amour plus personnel ; Jésus s’adresse à nous, mais d’en haut, comme un roi. « Voici ta mère, voici ton fils. » C’est un pas de plus vers l’intimité : Jésus ne s’adresse plus à nous comme un roi, mais comme un frère. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » C’est maintenant une telle intimité qu’il pénètre à l’intérieur de notre âme et assume notre propre désolation. Mais la perfection de l’amour s’exprime dans le « J’ai soif ». La plénitude de l’amour, c’est lorsque Jésus nous demande quelque chose et l’accepte avec reconnaissance. Maintenant son amour est « accompli ».

 

 

« J’ai soif » (Jn 19, 28)

 

Samedi 20 mars

Souvent le dernier désir d’un mourant est de boire. C’est aussi l’expression de ce désir profond que nous avons de celui qui, à tout moment, nous donne l’être et la substance et nous promet la vie éternelle : « Dieu, c’est toi mon Dieu que je cherche, mon âme à soif de toi, après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eaux (Ps 63,2).

 

 

Vendredi 19 mars (St Joseph)

Nous sommes invités à approfondir nos désirs jusqu’à atteindre la faim cachée qui les habite, à libérer le désir en ayant reconnu son but ultime.

 

 

Jeudi 18 mars

La Samaritaine voulait seulement de l’eau, elle alla en chercher au puits et rencontra Jésus. Si nous sommes honnêtes sur nos petits désirs, ils nous mèneront à Jésus, nous aussi. Nous apprendrons à avoir soif de plus, et même à avoir soif de Dieu qui a soif de nous.

 

Mercredi 17 mars

On se sent idiot et vulnérable quand on aime quelqu’un plus qu’il ne vous aime. Dès qu’on admet cela, on court le risque d’être rejeté et humilié. Et pourtant, Dieu est ainsi. Dieu est entièrement pris par la soif qu’il a de nous, de notre amour, et il doit se contenter d’une petite caresse condescendante de temps en temps. Quand nous nous retrouvons à aimer plus que nous ne sommes aimés, nous sommes alors dans la même situation que Dieu.

 

Mardi 16 mars

Dieu vient à nous avant que nous nous tournions vers lui. Dieu a soif de notre amour ; il est déchiré par le désir qu’il a de nous.

 

Lundi 15 mars

Au tout début de l’évangile de Jean, Jésus rencontre la Samaritaine au puits et lui dit : « Donne-moi de l’eau. » Au début et à la fin de l’histoire, Jésus nous demande d’étancher sa soif. C’est ainsi que Dieu vient à nous : quelqu’un qui a soif et demande quelque chose que nous pouvons lui donner.

 

 

Quatrième dimanche de Carême

Peut-être que nous n’avons pas vraiment soif de Dieu. Peut-être ne connaissons-nous que de petites soifs de choses ordinaires, du gros rouge, plutôt que le vin du Royaume : un peu plus d’argent, des amis, le succès dans notre travail. Si ce sont là nos modestes désirs, c’est de là qu’il faut partir.
La Samaritaine voulait seulement de l’eau, elle alla en chercher au puits et rencontra Jésus. Si nous sommes honnêtes sur nos petits désirs, ils nous mèneront à Jésus, nous aussi. Nous apprendrons à avoir soif de plus, et même à avoir soif de Dieu qui a soif de nous.

 

 

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mc 15, 34)

 

Samedi 13 mars

Quand nous balbutions des mots d’angoisse totale, nous nous rappelons que Jésus les a faits siens, sur la croix. Et quand nous ne pouvons même plus pousser un cri, alors nous pouvons nous emparer du sien.

 

Vendredi 12 mars

Je [frère Timothee Radcliffe] me trouvais au Rwanda au moment d’une terrible explosion de violence. Nous avons vu la misère absolue des camps de réfugiés. Ce soir là, nous avons célébré l’eucharistie dans le salon des sœurs. Les murs étaient criblés de marques de balles, laissés par les combats récents. Au moment du sermon, je n’avais pas de mots pour dire ce que j’avais vu. Jamais, je n’avais rencontré autant de souffrance et tout ce que j’aurais pu dire semblait dérisoire. Mais ce n’était pas la peine que je dise quoi que ce soit. J’avais quelque chose à faire, un rituel à accomplir. Nous refaisions ce que fit Jésus le soir de sa mort. Nous répétions ses mots : « Ceci est mon corps, livré pour vous ».

 

 

Jeudi 11 mars

Ici, ce qu’on entend, c’est un cri de souffrance et de solitude. Est-ce une question sans réponse ? Y a-t-il quelque chose à ajouter ?

 

Mercredi 10 mars

Quelqu’un peut nous demander : « Pourquoi ? Mais pourquoi ? Où est Dieu, maintenant ? » Tout ce qu’on peut faire, c’est être présent, et croire que Dieu est présent lui aussi.

 

Mardi 9 mars

Dans son trou noir, en dessous de Beyrouth, Brian Keenan se sentait « dépossédé par Dieu » : Il écrit : « Je suis empli de rien. Mes prières rebondissent sur moi, comme si tous les mots que j’avais envoyés vers le haut me retombaient dessus en dégringolant en avalanche. Je suis dépossédée même de Dieu ».

 

Lundi 8 mars

Jésus reprend et se réapproprie ces mots. Il fait l’expérience de la même désolation. Même l’expérience de l’absence de Dieu est, d’une certaine manière, assumée au cœur de la vie de Dieu.

 

Troisième dimanche de Carême

Les trois premières paroles de Jésus montraient comment, même en ce moment le plus sombre, quelque chose couvait. Elles nous ont montré le pardon, le bonheur, la naissance d’une communauté. Mais ici, à ce moment crucial de notre réflexion, on a ces moments de pure désolation. Ici, ce qu’on entend, c’est un cri de souffrance et de solitude. Est-ce une question sans réponse ? Y a-t-il quelque chose à ajouter?
Ces mots terribles de Jésus sont une citation du psaume 22. Quelqu’un, plusieurs siècles auparavant, avait connu l’angoisse et avait écrit ces mots.
Quand nous balbutions des mots d’angoisse totale, nous nous rappelons que Jésus les a faits siens, sur la croix. Et quand nous ne pouvons même plus pousser un cri, alors nous pouvons nous emparer du sien.

 

 

" Femme, voici ton fils… Voici ta mère " (Jn 19, 26-27)

 

Samedi 6 mars

Une famille chrétienne nous pousse au-delà de ses limites, elle nous tourne vers l’extérieur pour nous faire découvrir d’autres frères et sœurs, qui ne sont pas de notre famille légale.
Une famille devrait nous apprendre à appartenir à l’humanité.

 

Vendredi 5 mars

Dire de quelqu’un qu’il est votre frère ou votre sœur, ce n’est pas juste exprimer une relation. C’est proclamer une réconciliation. C’est la proclamation d’une vérité qui guérit.

 

Jeudi 4 mars

Etre chrétien, c’est reconnaître qu’au pied de la croix est née une famille dont personne ne peut être exclu. Nous sommes frères et sœurs. Dans le Christ, nous sommes vraiment de la même famille.

 

Mercredi 3 mars

« Dieu est parmi nous comme un paria ». Au centre de notre adoration, il y a celui qui a été rejeté.

 

Mardi 2 mars

C’est au moment le plus sombre, que nous voyons cette communauté renaitre au pied de la croix. Sa mère reçoit un fils, son ami le plus proche, et le disciple aimé reçoit une mère. Ce n’est pas n’importe quelle communauté. C’est notre communauté.

 

Lundi 1er mars

Pourquoi notre nouvelle famille est-elle née au pied d’une croix ? C’est parce que ce qui brise la communion humaine, c’est l’hostilité, le rejet. Nous sommes hostiles aux autres parce qu’ils ne sont pas comme nous. Nous nous regardons en nous rejetant mutuellement.

 

Deuxième dimanche de Carême

Le vendredi saint a vu se désintégrer la communauté de Jésus. Judas l’a trahi, Pierre l’a renié et la plupart des disciples se sont enfuis. Tout le travail de Jésus pour créer une petite communauté semble réduit à rien. C’est alors, au moment le plus sombre, que nous voyons cette communauté renaitre au pied de la croix. Sa mère reçoit un fils, son ami le plus proche, et le disciple aimé reçoit une mère. Ce n’est pas n’importe quelle communauté. C’est notre communauté. C’est l’Eglise qui nait. Jésus n’appelle pas Marie « mère », il dit « Femme », car elle est la nouvelle Eve. L’ancienne Eve était la « mère de tous les vivants ». Cette nouvelle Eve est la mère de tous ceux qui vivent par la foi. Voici donc notre famille : nous voyons ici notre mère et notre frère.

 

 

" Aujourd’hui tu seras avec moi au paradis " (Lc 23, 43)

 

Samedi 27 février

Ce que raconte l’Evangile, c’est comment nous sommes invités à trouver notre demeure dans ce bonheur. C’est le plaisir que Dieu a en nous et le plaisir que nous avons en Dieu. Dieu dit à chacun de nous : « C’est merveilleux que tu existes ».

 

 

Vendredi 26 février

« Tu seras avec moi au paradis ». Tout ce que nous avons à faire, c’est d’accepter ce don quand il vient.

 

 

Jeudi 25 février

Le contraire du bonheur n’est pas la tristesse. C’est d’avoir le cœur dur. C’est de refuser de ses laisser toucher par les autres. C’est de placer une barrière qui empêchera votre cœur d’être ému.

 

Mercredi 24 février

La tradition qui parle du « bon larron » est sage et le décrit avec justesse. Il sait s’emparer de ce qui ne lui appartient pas. Il a réussi le coup le plus extraordinaire de toute l’histoire : il obtient le paradis sans payer. Comme nous tous. Il nous faut juste apprendre à recevoir.

 

 

Mardi 23 février

Chaque acte d’amour et de pardon nous met un pied dans l’éternité qui est la vie de Dieu.

 

 

Lundi 22 février (chaire de S. Pierre)

Les saints qui connaissaient le mieux la joie connaissaient aussi la peine. Saint Dominique riait le jour avec ses frères et pleurait la nuit avec Dieu, sur les souffrances du monde.

 

Premier dimanche de Carême

Le bonheur signifie que nous partageons le plaisir que Dieu prend dans l’humanité ; Cela signifie donc que nous devons aussi partager sa peine devant la souffrance de ses enfants. On ne peut pas avoir l’un sans l’autre. La peine creuse un espace en nos cœurs, où le bonheur de Dieu pourra prendre place.
Le contraire du bonheur n’est pas la tristesse. C’est d’avoir le cœur dur. C’est de refuser de se laisser toucher par les autres. C’est de placer une barrière qui empêchera votre cœur d’être ému. Si vous voulez être heureux, il faut vous laisser arracher hors de vous-même et accepter d’être vulnérable. Le bonheur et la peine nous mettent hors de nous-mêmes. Ils nous en libèrent de sorte qu’on prend plaisir dans les autres et qu’on souffre de leur peine. Le mauvais larron refuse cela. Le bon larron ose l’accepter, même sur la croix. C’est pourquoi il peut recevoir le don du paradis.

 

" Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font " (Lc 23,34)

 

 

Samedi 20 février

"Le pardon signifie que nous osons regarder en face ce que nous avons fait. Nous osons nous souvenir de nos vies, avec leurs échecs et leurs défaites, avec nos actes de cruauté et nos manques d’amour.
Si nous pénétrons dans ce pardon, il va nous changer nous transformer. Ce qui est stérile portera du fruit. Ce qui est absurde trouvera un sens."

 

Vendredi 19 février

"Le vendredi saint, nous nous réunissons pour entendre le récit de la Passion et de la mort du Christ, et pour nous rappeler que l’humanité a rejeté, humilié et assassiné le Fils de Dieu. C’est à cause du pardon que nous osons nous rappeler cet acte terrible entre tous."

 

Jeudi 18 février

" Le pardon, ce n’est pas Dieu qui oublie le Vendredi Saint. C’est le Père qui ressuscite le Fils le jour de Pâques. Le pardon c’est l’inimaginable créativité de Dieu qui s’empare de ce que nous avons fait et le rend fécond. "

 

Mercredi des Cendres

Le premier mot qui nous est donné aujourd’hui est « pardon ». Le pardon arrive toujours avant la crucifixion, avant les outrages et la mort. Le pardon est toujours premier. C’est le scandale de l’Evangile. Mais cela ne signifie pas que Dieu ne prend pas au sérieux ce que nous faisons. Dieu n’oublie pas que nous avons crucifié son Fils. Et nous, nous ne pouvons pas nous le sortir de l’esprit. Au contraire, le vendredi saint, nous nous réunissons pour entendre le récit de la Passion et de la mort du Christ, et pour nous rappeler que l’humanité a rejeté, humilié et assassiné le Fils de Dieu. C’est à cause du pardon que nous osons nous rappeler cet acte terrible entre tous.

Le pardon, ce n’est pas que Dieu oublie le vendredi saint. C’est le Père qui ressuscite le fils le jour de Pâques. Si pardonner c’était oublier, alors il faudrait que Dieu souffre d’une très grave amnésie ; mais le pardon c’est l’inimaginable créativité de Dieu qui s’empare de ce que nous avons fait et le rend fécond. Le Moyen Age représentait le pardon de Dieu par la floraison de la croix. La croix est l’affreux symbole de la torture. C’est le symbole de la capacité humaine de rejeter l’amour et de choisir la totale stérilité. Mais les artistes médiévaux montraient une croix fleurissant le dimanche de Pâque. Du bois mort sortent des bourgeons et des fleurs. Le pardon fait vivre ce qui est mort, rend beau ce qui est laid.

Le pardon signifie que nous osons regarder en face ce que nous avons fait. Nous osons nous souvenir de nos vies, avec leurs échecs et leurs défaites, avec nos actes de cruauté et nos manques d’amour. Nous osons nous souvenir de toutes les occasions où nous avons manqué de générosité, où nos actions étaient laides. Nous osons nous souvenir, non pour nous déprimer, mais pour nous ouvrir à cette force créatrice de transformation. Elle ne nous laisse pas inchangé, comme si rien de ce que nous avons fait n’avait la moindre importance. Si nous pénétrons dans ce pardon, il va nous changer nous transformer. Ce qui est stérile portera du fruit. Ce qui est absurde trouvera un sens.